Sports

Après avoir limogé le patron du FBI, Trump songe à virer le procureur spécial sur l’affaire russe

 

Donald Trump. –
NICHOLAS KAMM / AFP

Alors que le procureur spécial Robert Mueller a élargi son enquête sur une ingérence russe dans la campagne présidentielle américaine à une possible tentative d’obstruction du président Trump, la presse américaine évoque la volonté de ce dernier de le limoger. Une hypothèse qui effraie les collaborateurs du chef d’Etat. 

En apparaissant sur la chaîne de télévision américaine PBS, Christopher Ruddy, journaliste conservateur et ami de longue date de Donald Trump, a fourni le combustible pour que s’enflamme encore une fois la polémique autour de l’enquête sur de possibles liens entre l’équipe de campagne de Donald Trump et la Russie. Selon lui, Donald Trump envisagerait de limoger Robert Mueller, procureur spécial chargé des investigations depuis que le patron du FBI James Comey a été évincé par la volonté du président. Sarah Huckabee Sanders, porte-parole de la Maison blanche, a essayé de désamorcer cette nouvelle controverse dès le lendemain face aux reporters. « Même si le président a tous les droits » de limoger Robert Mueller « il n’en a pas l’intention », a-t-elle posé. 

Chris Ruddy to @JudyWoodruff: President Trump is considering firing special counsel Robert Mueller, who he considered for another position. pic.twitter.com/X4IIHlh8at

— PBS NewsHour (@NewsHour) 12 juin 2017

L’entourage de Trump est fébrile

Le Washington Post a depuis appris que Robert Mueller avait intégré à son enquête un chapitre concernant l’étude d’une possible tentative d’entrave à la justice opérée par Donald Trump. Et selon le New York Times, ces deux événements, en apparence dissemblables, pourraient bien être étroitement liés. En effet, selon le quotidien, en laissant planer l’hypothèse d’une mise sur la touche de Robert Mueller, après avoir écarté sans ambages James Comey de sa position de chef du FBI, Donald Trump espérait inquiéter l’enquêteur et le conduire à se prononcer en sa faveur, à enterrer définitivement l’idée d’aller fureter du côté de la présidence et de son entourage. Tel serait pris qui croyait prendre.

Dans tous les cas, Donald Trump se méfie de la personnalité du procureur spécial depuis qu’il a lu sur le sulfureux site Breitbart et d’autres pages internet conservatrices similaires que celui-ci était proche de James Comey, qui lui avait succédé à la tête du « Bureau ». Pour le chef d’Etat, pas de doute: le regard de Robert Mueller serait biaisé de fait. Cependant, Donald Trump rencontre une difficulté majeure: il n’est pas suivi par les siens dans cette croisade anti-Mueller. 

Le New York Times évoque ainsi « la volonté grandissante parmi les membres du staff d’essayer de préserver M. Trump d’erreurs néfastes – un changement interne important dans une Maison blanche dominée par un président qui demande souvent obéissance ». Et la première erreur, et la plus néfaste d’entre elles, pour ces conseillers inquiets, parmi lesquels on compte notamment Reince Priebus chef de cabinet de la présidence, serait justement de démettre Robert Mueller.

L’ombre d’un nouveau « massacre du samedi soir »? 

Le Daily Beast donne la parole à plusieurs de ces collaborateurs sur les charbons ardents. « On lui conseille toujours de ne pas se débarrasser de Mueller, ça n’a pas changé. Ce serait une explosion nucléaire absolue s’il le faisait, », dit l’un. « Il serait suicidaire de virer Robert Mueller mais il ne serait pas honnête de faire comme si on était sûr que le président ne le fasse pas quand même », concède un autre. Un dernier met le doigt sur un autre péril et formule le mantra qui dirige en ce moment de nombreuses consciences autour de Donald Trump: « Empêchez-le de tweeter, Seigneur, empêchez-le de tweeter ». L’ancienne procureure, aujourd’hui professeur de droit, Barbara McQuade, analyse: « Si Trump venait à virer Mueller et qu’on démontrait que son but était de bloquer l’enquête, ce serait une preuve de plus d’obstruction de la justice ». Selon elle, pareille décision  provoquerait des démissions en chaîne au ministère de la Justice.

Pour elle, les ferments d’un nouveau « massacre du samedi soir » sont en place. Le samedi 20 octobre 1973 au soir, le président Richard Nixon avait décidé de renvoyer le procureur spécial Archibald Cox qui avait la charge de l’enquête du Watergate. Refusant de se plier à la décision, le procureur général Elliott Richardson et le sous-procureur général William Ruckelshaus avaient démissionné.