la Belgique

Bruxelles-Ville à un an des élections communales : l’axe PS-MR est-il tenable?

C’est la question centrale des prochaines élections communales. Le PS et le MR-Open VLD ne le cachent pas vraiment, ils souhaiteraient rempiler pour six ans.  » C’est une équipe formidable. On se respecte les uns les autres, personne ne se tire dans le dos. Il y a un vrai esprit au sein de cette majorité. Et ce malgré la succession de trois bourgmestres en cinq ans  » nous glisse Alain Courtois, premier échevin et tête de liste MR. Malgré aussi le climat extrêmement tendu entre le PS et le MR au niveau régional ou fédéral.  » Ici, à l’Hôtel de Ville de Bruxelles, on s’en fout de ces tensions  » ! rajoute Alain Courtois.  » Pourquoi on importerait ces querelles à l’échelon local ? Ça n’a pas de sens « .

Un nouveau rapport de force

Mais le rapport de force au sein l’actuelle majorité pourrait bien changer dans un an. Malgré les avancées sur un certain nombre de dossiers, malgré aussi la démission d’Yvan Mayeur et la montée de Philippe Close au poste de bourgmestre, les socialistes bruxellois traînent comme un boulet l’affaire du Samu-Social qui risque de leur coûter cher au soir du 14 octobre 2018. Auront-ils encore la main ? Si cette coalition devait se reformer, le MR pourrait revendiquer le poste de Bourgmestre.  » Notre liste MR-Open-VLD a sa carte à jouer. On verra le jour J « 

Malmené dans les sondages, c’est silence radio du côté du PS de la Ville de Bruxelles qui sera mené par Philippe Close. Le bourgmestre a poliment décliné notre demande d’interview.  » Franchement, ce n’est pas qu’on ne veut pas répondre. On n’est pas du tout là-dedans, ce n’est vraiment pas le moment de parler d’élections ni de tirer un quelconque bilan. La législature n’est pas finie. On travaille, nous !  » s’est contentée de nous dire Karine Lalieux (PS), échevine de la culture et de la propreté.

Les partis d’opposition à l’affût

PS et MR risquent en tout cas de devoir revoir leurs plans. A deux, ils pourraient ne plus obtenir une majorité de sièges. Cela ouvre donc le jeu et relance l’appétit de certains partis d’opposition qui se verraient bien venir ou revenir aux affaires. A commencer par le cdH.   » Depuis le départ d’Yvan Mayeur et cette séquence autour du Samu-Social, les jeux sont plus ouverts que jamais. C’est une nouvelle dynamique. Aujourd’hui, on se dit que c’est possible de réintégrer le pouvoir. Il y a quelques mois, ces espoirs-là n’étaient pas vraiment permis  » confie Hamza Fassi-Firi, tête de liste cdH et actuel conseiller communal. Positifs et ambitieux, les humanistes devront pourtant se passer de Joëlle Milquet, figure historique du parti, figure médiatique et grande pourvoyeuse de voix (5040 en 2012).

Chez DéFI aussi on ambitionne de participer à une majorité.  » On n’a aucune exclusive mis à part la NVA et le PTB. On verra s’il est possible de rassembler des partenaires autour d’un projet politique alternatif. Il faut sanctionner l’équipe en place « . DéFI ne serait donc pas prêt à faire l’appoint si d’aventure le PS et le MR en avaient besoin.

Un peu sur la même longueur d’onde, Ecolo-Groen, en forte hausse dans les sondages.  » On veut entrer dans une majorité et avoir des échevins  » martèle Benoit Hellings, tête de liste.  » Mais sans une modification complète de la ligne actuelle, impossible pour nous d’être le troisième parti d’une coalition avec le PS et le MR. C’est honteux qu’ils veuillent remettre le couvert vu leur bilan et les méthodes utilisées.  Les bruxellois attendent et méritent une nouvelle génération de gestionnaires publics « .

Il faudra sans doute aussi compter avec le PTB qui pourrait faire son entrée au conseil communal. Mené par l’actuelle députée bruxelloise Mathilde El Bakri, le Parti du Travail de Belgique ne semble toutefois pas prêt à faire des concessions sur son programme pour intégrer une majorité.

Côté néerlandophone, le sp.a de Pascal Smet a tourné le dos au PS après le scandale du Samu-Social. Les socialistes flamands présenteront une liste en leur nom. Le ministre bruxellois de la mobilité risque d’en faire les frais. Sans l’allié PS, pas sûr que le sp.a ne dispose encore d’un siège au conseil communal.

Quel bilan revendique la majorité ?

Le paysage politique à la Ville de Bruxelles pourrait donc bien être complètement redessiné dans un an. C’est la volonté de tous les partis d’opposition qui tirent à boulet rouge sur le bilan la majorité.

Seul à monter au créneau pour défendre l’action de la coalition au pouvoir, le MR assume ce bilan et souligne les avancées.  Alain Courtois :  » Le piétonnier c’est un pari pour l’avenir. On a besoin d’une rénovation, d’une réactivation du centre-ville avec moins de voiture. Partout où des projets similaires ont été menés, cela a suscité des oppositions fortes. Mais au final, les gens sont ravis. Evidemment on aurait souhaité que tout soit terminé pour 2018 mais cela n’a pas été possible vu les recours. Avec le recul aujourd’hui, c’est clair qu’on le referait différemment. Je ne cache pas qu’on a raté la communication. On va d’ailleurs l’améliorer et corriger ce qu’il y a à corriger « .

Autre grand dossier : le stade national.  » On a fait tout ce qui était possible. Correctement. Honnêtement « . Alain Courtois rappelle :  » Ce projet ne figurait pas dans l’accord de majorité. C’est la fédération et la Région qui sont venues vers nous pour le réaliser. Maintenant, advienne que pourra « .

La majorité estime par ailleurs avoir rénové et/ou assaini de nombreux quartiers : l’Ilot Sacré, la rue Neuve, le quartier Alhambra notamment. Elle se félicite aussi d’avoir fait aboutir le projet de nouveau centre administratif (Brucity) qui traîne depuis 20 ans dans les cartons de la Ville.

Au niveau du commerce, même s’il se rend compte que certains commerçants souffrent à cause des projets en cours, Alain Courtois revendique un renouveau commercial avec l’arrivée au centre de nouveaux promoteurs. La majorité se félicite encore de la politique des grands événements qui attirent des Belges des quatre coins du pays mais aussi de nombreux touristes.

Autre fierté, les investissements en matière de propreté ou encore le nombre de places créées dans les crèches et les écoles de la Ville lors de cette dernière législature.

Quels reproches formule l’opposition ?

Mis à part ce dernier point que l’ensemble des partis d’opposition salue, le reste est balayé d’un revers de la main. Le piétonnier et le stade concentrent l’essentiel des critiques. Impréparation, absence de concertation, manque de vision, autoritarisme, amateurisme. Quel que soit le parti, les griefs sont à peu près les mêmes. Tous parlent d’échec total voire de fiasco.  » Ce sont des projets qui auraient pu créer de l’adhésion si on avait écouté la population. Au lieu de cela, ils ont généré du rejet  » explique Marie Nagy, ex-Ecolo fraîchement ralliée à DéFI.  » La majorité n’a eu qu’une vision marchande de la Ville avec des projets bling-bling qui ne répondent en rien aux besoins des bruxellois  » rajoute Mathilde El Bakri (PTB). Benoit Hellings (Ecolo) abonde dans ce sens :  » Ils ont réfléchi comme des promoteurs immobiliers, pas comme une commune. Cela n’a fait qu’accentuer la césure entre politiques et citoyens. La tour de l’Hôtel de Ville s’est transformée en tour d’ivoire. On voit bien sur le terrain que ça ne marche pas. Il est temps de changer de logiciel « . 

Mais pour Hamza Fassi Fihri, ces deux dossiers emblématiques ne doivent pas occulter les autres ratés de la majorité. En matière de sécurité d’abord.  » On nous a promis une réforme de la zone et une plus grande décentralisation de la police. Rien a été concrétisé à part un nouveau commissariat « .  Au niveau culturel aussi.  » La culture est au service de l’événementiel et du tourisme. Il y a moins de place pour la création. La reprise du Cirque Royal reflète bien ce virage « .

Et Fabian Maingain (DéFI) de rappeler qu’il n’y a pas eu de révolution des modes de gouvernances après le scandale du Samu-Social et la démission d’Yvan Mayeur.  » Mis à part Philippe Close qui a montré l’exemple en quittant son siège de député régional, on voit bien que la majorité a des difficultés à avancer sur le dossier du cumul des mandats et des rémunérations, notamment au sein des asbl qui gravitent autour de la Ville. Empêtrée dans ses affaires et ses conflits permanents avec les citoyens, cette équipe qui a vu défiler trois bourgmestres différents est celle qui a le plus terni l’image de Bruxelles depuis très longtemps « .