la Belgique

Charleroi: les cartes rebattues comme jamais pour les communales 2018

Il y a longtemps que l’on n’avait plus connu un scrutin communal aussi incertain à Charleroi. Et bien malin qui pourrait deviner la composition du conseil communal qui s’installera au premier étage de l’hôtel de ville à l’issue des élections du 14 octobre 2018. Paul Magnette le sait – il le savait depuis longtemps – et il le reconnaît lui-même: ce sera plus difficile en 2018 qu’en 2012. Le bourgmestre, candidat tête de liste PS pour ces communales, ne peut pas se reposer sur ses 24.220 voix de préférence de 2012 (le PS avait obtenu 47,7% des voix). Il sait que la donne politique a changé. Les scandales au sein des intercommunales ou au Samusocial de Bruxelles ont terni l’image du Parti socialiste et ont déçu de nombreux sympathisants/électeurs. Pour se faire pardonner, le PS fédéral a voté pour le décumul financier. Mais à Charleroi, la fédération socialiste a été plus loin: décumul intégral des mandats. Désormais ce sera un homme – un mandat. Entre-temps, le CDH a profité de l’occasion pour éjecter son partenaire socialiste du gouvernement wallon, signer avec le MR et rapatrier plus vite que prévu le ministre-président Magnette dans son Pays Noir. Redevenu « simple » bourgmestre, l’homme n’a pas caché qu’avec le CDH, après 2018, c’était terminé. Ajoutez à cela, le PTB, au balcon, qui compte les points et les nouveaux adhérents, et vous aurez vite compris qu’effectivement la donne a considérablement changé.

Et pourtant, vous entendrez peu de voix dire que la majorité sortante n’a pas fait du bon travail. PS, MR et CDH sont aux commandes de la ville depuis 2007. Ils travaillent en équipe, créent des projets, lancent des réformes pour redresser Charleroi. Certains ne s’en rendent peut-être pas compte ou ne veulent pas le voir, mais ça va quand même mieux qu’avant. En arrivant en 2012, l’actuelle majorité, sous l’impulsion du bourgmestre, a imaginé (enfin) un projet de ville cohérent pour Charleroi. De grands projets de rénovation urbaine, comme le plan Phénix, étaient déjà sur les rails. Paul Magnette et son équipe ont continué sur cette voie avec leur vision. Et l’oppositon Ecolo le reconnaît: « ils ont réussi à faire bouger les choses », commente Xavier Desgain, qui sera tête de liste aux communales. Mais beaucoup d’investissments publics et privés dans le centre-ville, ça a pû faire grincer des dents dans les 14 autres anciennes communes. Et Paul Magnette en est conscient. Pour lui, l’enjeu de ces élections, c’est de poursuivre le redressement de Charleroi mais surtout dit-il de « réussir dans les quatre autres districts ce qu’on a réussi dans le centre-ville. » Le MR (16,3% en 2012) aussi est satisfait du travail accompli jusqu’ici. Cyprien Devilers, actuel échevin de l’environnement et de la propreté, sera la tête de liste des libéraux en octobre 2018. Il ne cache pas que l’urbanisme tout comme la propreté et la sécurité seront ses priorités. Mais aussi permettre à la jeune population de Charleroi (taux de natalité plus élevé à Charleroi que la moyenne wallonne et présence massive de jeunes de moins de 20 ans dans certaines anciennes communes) de trouver tout ce dont elle a besoin pour avoir envie d’y vivre et de s’épanouir longtemps. Pour lui, sur le plan politique, c’est « l’esprit de groupe qui doit primer » si on veut redresser Charleroi. « Travailler dans l’intérêt de la ville et défendre Charleroi sur tous les fronts ». Au Cdh carolo (10,6% en 2012), vu les circonstances régionales, on fait forcément un peu la grimace. Ils savent déjà que si Paul Magnette est réélu, ils ne feront pas partie de la prochaine majorité. De son côté, la cheffe de file des humanistes carolos, Véronique Salvi, a annoncé qu’elle ne se représenterait plus. Elle arrête la politique pour raisons personnelles. Du coup, tous les regards se tournent vers Eric Goffart. L’actuel échevin des travaux et des bâtiments affiche un très bon bilan. Son plan « Routes » (plus de 300 rues communales refaites en une législature) est un succès. Il est jeune, apprécié, sympathique et bosseur… mais il est au Cdh. Du coup, l’homme sait qu’il sera tête de liste, mais pas encore sous quelle bannière. Il pourrait bien se débarrasser de l’encombrante étiquette Cdh pour espérer continuer son travail au sein du collège. Ses rénovations de routes ont amélioré le cadre de vie des habitants des 15 communes. Mais Eric Goffart veut aller plus loin. Améliorer la propreté dans Charleroi mais surtout créer plus de lien social dans les quartiers, « ce qui a sans doute un peu manqué dans toutes les initiatives prises au cours de cette mandature », reconnaît-il.

Chez Ecolo (7,4% en 2012), dont le travail constructif dans l’opposition est salué de tous ou presque, le lien social, la cohésion entre les individus, on en fait une priorité pour 2018. Xavier Desgain mènera la campagne des Verts carolos. « La rénovation urbaine, les grands projets, c’est bien », dit-il. « Un joli vernis mais si on gratte un peu, les vrais problèmes des Carolos sont toujours là ». Pour lui, rien n’est résolu en terme de mobilité et les initiatives en matière de réduction de gaz à effet de serre sont toujours inexistantes: « Or, Charleroi doit réduire de 40% ces gaz pour 2030, conformément aux engagements du Plan d’actions Climat-Energie en Wallonie. Il est plus que temps! », dit-il. Ecolo veut impliquer davantage les citoyens dans toutes les grandes décisions à prendre pour Charleroi. La participation citoyenne figure tout en haut de la liste des priorités de Xavier Desgain qui conclut « qu’après tant d’années d’opposition constructive, Charleroi a mérité des Verts dans le collège. » Et si tout dépendait finalementdu PTB? On peut raisonnablement imaginer que le parti d’extrême gauche va nettement améliorer son score de 3,4% de 2012 à Charleroi. Certains sondages lui prédisent carrément un raz-de-marée dans le bassin carolo, dépassant même le PS de Magnette avec 25%. On n’en est pas encore là, mais ce qui est sûr, c’est que le poids électoral du PTB ne peut plus être ignoré. Au sein du parti où le décumul va de soi, on réfléchit d’ailleurs à la meilleure stratégie à adopter pour placer ses têtes de listes. Car au PTB, on a les scrutins régionaux, fédéraux et européens de 2019 en ligne de mire aussi. Et il faut avoir assez de personnel politique pour être présent partout. Du coup à Charleroi, si l’actuelle conseillère communale, Sofie Merckx, devrait bien figurer sur la liste, rien n’est moins sûr pour le très populaire Germain Mugemangango, porte-parole du parti. Celui-ci est très critique par rapport à certains décisions prises par la majorité sortante. « Tout investir dans l’hyper-centre, sans considérer les réalités quotidiennes que vivent les Carolos, c’est être déconnecté de la réalité. Il y a 2600 logements vides à Charleroi alors que 4000 personnes sont en attente d’un logement social », commente-t-il. « Les priorités de la majorité ne correspondent pas aux attentes des Carolos de base. Et en attendant, on va utiliser 7 millions d’euros pour construire une marina pour 22 bateaux. On se moque de qui? », se demande Germain Mugemangango. Pour lui, l’enjeu de ces communales, c’est de faire de Charleroi une ville inclusive où les citoyens ont leur mot à dire. Le parti va d’ailleurs interroger les Carolos sur leurs attentes. Objectif: établir un vrai rapport de force pour faire changer les choses. 

Quelles priorités, quelle orientation, quels projets pour l’avenir de Charleroi et de ses 202.000 habitants? Des questions cruciales pour la suite du redressement de la ville et de toute la région. Les électeurs carolos ont jusqu’au 14 octobre 2018 pour y réfléchir. Ce sont eux qui ont les cartes en main.