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Cours en ligne et devoirs en classe: le pari d’un enseignant, dans une école d’Ath

Il suffit de se balader un peu sur YouTube pour s’en rendre compte: les capsules vidéo réalisées par des enseignants ne manquent pas. Relativement courtes par rapport aux « MOOCS », qui sont de véritables cours enregistrés et concernent principalement l’enseignement supérieur, ces vidéos de profs ressemblent plutôt à des tutoriels de quelques minutes, mélangeant propos face caméra, démonstrations et tableaux récapitulatifs, souvent animés. Sylvain Dramaix, professeur de géographie et de sciences sociales au Collège de la Berlière, à Ath, a tout de suite opté pour cette formule, lorsqu’il a embrassé la carrière d’enseignant voici quatre ans. « Je ne voulais certainement pas commencer à parler pendant des heures et à saouler mes élèves, même si parfois je le fais encore, confie-t-il. J’ai donc eu l’idée d’utiliser les outils numériques actuels pour dynamiser le dispositif pédagogique mis en place. C’est l’élève qui apprend lui-même. Ce que les nouvelles technologies nous permettent de faire ». Equipé d’une webcam et d’un micro, l’enseignant a donc lancé sa chaîne YouTube.

Des élèves plus actifs en classe

Sylvain Dramaix applique en fait avec ses élèves le principe de la classe inversée : les élèves découvrent la matière seuls chez eux, sur des vidéos, complétées par des syllabus écrits. En classe, c’est le moment, des devoirs, de la pratique, en compagnie du professeur. « C’est un outil parmi d’autres », rappelle-t-il.  « L’objectif n’est pas de mettre l’enseignement en vidéo, insiste Marcel Lebrun, professeur de pédagogie à l’UCL, pionnier des classes inversées. Les élèves en général s’ennuient à écouter le professeur dispenser son savoir en classe. L’idée donc est avant tout de redonner du sens à la présence en classe, de faire de la pédagogie active ». La première fois que Fostine, qui rentre en rhéto, et ses camarades de classe ont découvert la méthode d’enseignement de Sylvain Dramaix, ils ont été plutôt surpris: « C’est vrai qu’on avait l’habitude de regarder des vidéos sur internet, mais pas des vidéos de géo ou de sciences sociales!, raconte la jeune fille. Mais c’est vite devenu normal de regarder ces vidéos-là à la maison, c’est plutôt agréable. En classe, on est tout de suite réactifs, on a déjà intégré la théorie et on sait tout de suite l’appliquer ».



Depuis deux ans, Fostine s’est familiarisée avec les cours en ligne – © S. Vandreck

YouTube, Facebook et QR code

Le support vidéo permet à l’enseignant d’apporter des petits  » plus  » par rapport à un cours donné en classe ou sur papier. Sylvain Dramaix nous donne l’exemple d’une capsule de géo consacrée à la localisation d’un lieu sur une carte (voir lien vidéo ci-dessous): « A l’aide de flèches et de curseurs que je peux animer, je localise les points de repère, les méridiens, les parallèles… Impossible d’expliquer mieux à l’élève, dans les conditions de la classe, que ce que je fais en vidéo. Il peut aussi revenir en arrière, faire une pause et même me poser une question directement, car les élèves sont timides en classe: ici, il peut me contacter par message privé ou inscrire un commentaire public, qui aidera aussi les autres élèves ». L’enseignant l’avoue: ça lui prend du temps de réaliser ces capsules. « Ce n’est pas la transposition du cours en vidéo en tant que telle qui prend du temps, mais il faut énormément réfléchir à la manière de concevoir un dispositif qui va rendre les élèves actifs ». Car l’utilisation des nouvelles technologies ne se limite pas aux vidéos sur YouTube: Sylvain Dramaix utilise aussi des outils interactifs pour les exercices et travaux de groupe, une application sur smartphone pour questionner les élèves sur la matière. Il anime même un groupe Facebook, dans lequel il partage divers liens avec eux, et les renvoie vers ses vidéos grâce à des QR codes imprimés sur ses syllabus. « Autant utiliser des outils qui leur sont familiers! ».

Ça enthousiasme les élèves, ça enthousiasme les profs aussi!

De plus en plus d’enseignants s’intéressent à ces nouvelles méthodes pédagogiques. Marcel Lebrun cite l’exemple d’un colloque réunissant en France les enseignant adeptes de la classe inversées: « En 2014, on ne comptait que 80 participants. L’an dernier, ils étaient 850, soit dix fois plus! ». La plupart du temps, l’application de cette méthode relève de l’initiative personnelle du professeur. Chacun l’applique à sa manière, en fonction de sa personnalité et de la matière qu’il enseigne. « Il n’y a pas de méthode miracle! ». C’est aussi l’avis de Sylvain Dramaix, convaincu que la méthode ne résoudra pas tous les problèmes de l’école, à commencer par l’échec scolaire. Alors pourquoi croit-il en cet outil? « Parce que ça enthousiasme les élèves. Ça enthousiasme aussi les profs. Ça permet des choses que le papier ne permet pas, comme l’interactivité, la gestion de la temporalité, l’utilisation du visuel. Mais si j’utilise ces outils, c’est avant tout pour apprendre aux élèves à les utiliser de manière intelligente et citoyenne ». Sans le savoir, les élèves de son cours de géo suivent donc aussi un véritable cours d’éducation aux médias.