la Belgique

Des clones pullulent en Meuse et bouleversent tout un écosystème

Les espèces invasives se comptent par centaines en Belgique et sont de plus en plus nombreuses chaque année. Des plantes, des animaux venus d’autres horizons qui peuvent remplacer les espèces de chez nous et parfois profondément modifier le milieu qu’elles investissent. La Meuse et ses affluents n’échappent pas à la règle. Le bassin mosan connait de profonds changements.

Les pneus font un bruit assourdissant sur le pont qui passe juste au dessus d’une quinzaine d’étudiants en biologie de l’université de Namur. A quelques mètres à peine de l’embouchure du Samson qui se jette dans la Meuse. Le groupe électrogène démarre, bords métallique de l’anode et de l’épuisette sont mis en contact pour vérifier que le courant passe bien. Cela fait des années que l’université propose des pêches électriques en travaux pratique pour se familiariser avec les espèces des cours d’eaux belges et wallons: « Les poissons sont naturellement perturbés par le champs électrique et se dirigent vers l’anode que nous ramenons simplement vers l’épuisette, explique Sascha Antipine, technicien à l’UNamur. Depuis plusieurs années, il y a de plus en plus de gobies, une espèce invasive ».

Plusieurs espèces dont l’une des plus récentes, le gobie à tâche noire, pullulent dans les rivières wallonnes: « Il y a des stations où ils représentent près de 95% des captures », détaille le professeur Patrick Kestemont. Adieu gardons, rotengles, perches et carpes? Bonjour Gobies. En plusieurs années, la Meuse a complètement changé: « L’évolution est flagrante. La présence des gobies n’est qu’un maillon d’un puzzle bien plus complexe dans une Meuse dont l’écosystème a été révolutionné ».



Les gobies se multiplient depuis des années lors de relevés de l’UNamur. – © Tous droits réservés

Des Moules, des palourdes et des stations d’épuration

Les habitants de la Haute-Meuse en amont de la capitale wallonne l’ont remarqué depuis un temps déjà: l’eau est claire, plus transparente mais ce n’est pas aux stations d’épuration qu’il faut dire merci: « En fait toute la chaîne trophique a changé… D’un système rempli de planctons, de micro-algues qui flottent dans la colonnes d’eau et se développent à partir de l’excédent de matière nutritives, nous sommes passé à une eau dont le plancton a fortement régressé pour laisser place à un écosystème beaucoup développé au niveau des bords et du fond de la Meuse avec l’apparition et l’explosion des mollusques asiatiques ».

Les moules zébrée d’eau douce (Dreissena), palourdes asiatiques (Corbicula fluminea) et encore d’autres espèces « ont remplacé les espèces endémiques de Belgique à 99%, on ne trouve presque plus de moules mosanes et les populations d’huîtres perlières sont limitées à deux stations, elles ont presque disparu, dépeint Jonathan Marescaux, chercheur à l’UNamur et spécialiste de la question. Et l’eau transparente, c’est grâce (d’un point de vue esthétique) ou à cause (d’un point de vue de pêcheur) d’elles. Elles forment des tapis entiers au fond du fleuve et peuvent se dénombrer à plus de 40 000 individus par mètre carré: « Elles ont un énorme avantage écologique énorme. Elles sont hermaphrodites, décrit Karine Van Doninck, professeure également à l’UNamur et spécialistes des espèces invasives. Elles ont donc à la fois les organes reproducteurs mâle et femelle. Mais en plus, les spermatozoïdes qui vont féconder les ovules éjectent l’adn de la femelle, au final, nous avons ici en Meuse principalement un forme bien particulière… Ce sont presque tous des clones, dont des individus strictement identiques génétiquement qui peuvent reformer une population entière à partir d’un seul individu… ».

Leur présence, comme celle de nombreuses autres espèces invasives en Wallonie et en Belgique en général est désormais incontrôlable. Il est trop tard et les scientifiques préfèrent généralement se tourner vers la préservations des milieux et des espèces menacées plutôt que de jeter toute leurs force dans une bataille de l’éradication… perdue d’avance.



Les eaux plus claires de la Meuse sont le résultats de la filtration intense de millions de mollusques invasifs qui se nourrissent de plancton. – © Tous droits réservés