Politique

Des robots sous-marins pour surveiller la lagune de Venise

Des scientifiques européens mettent au point une armada de 120 robots sous-marins. Leur rôle : surveiller l’évolution environnementale de la lagune de Venise.

L’Arsenal de Venise, un complexe démilitarisé à l’élégance XIXème. C’est ici que nous retrouvons Alexandre Campo. Ce scientifique du service d’écologie sociale de l’Université Libre de Bruxelles ne jette qu’un regard très distrait à cet environnement d’exception. Toute son attention est retenue par d’étranges cylindre lumineux alignés sur une table.

« En ce moment, nous explique-t-il, ils communiquent entre eux et s’échangent des données ». Un peu plus tard avec l’aide d’un assistant, il les immerge dans la marina de l’arsenal. Seule leur tête rouge émerge encore à la surface de l’eau.

Mais très vite , ils entament un ballet aquatique et se mettent à plonger . Ces robots sont surnommés les ‘moules’. Une centaine d’entre elles seront bientôt disséminées dans le fond de la lagune vénitienne. Ces « moules » ne vont pas seulement recueillir des informations précieuses sur la qualité de l’eau (son taux de salinité, de PH ou d’oxygène), elles vont aussi recouper leurs informations en communiquant entre elles.

Le nénuphar, robot-interface entre les sous-marins et les scientifiques

Douées d’une autonomie de quinze jours, elles reviennent à la surface régulièrement pour se réalimenter à un robot plate-forme surnommé ‘le nénuphar’.  C’est lui l’interface entre les robots sous-marins et l’équipe de scientifiques.

Impossible de le rater dans la marina de l’arsenal. Sa taille de mini-soucoupe volante posée sur l’eau en fait l’attraction de tous les journalistes. Certains s’essaient même au joystick pour le guider et faire les manœuvres d’amarrage des robots -moules.

Un peu plus loin, un groupe de scientifiques s’anime. Pour la première fois, ils vont lancer le robot « poisson » dans l’eau. Il porte bien son nom avec son allure fuselée. Et c’est sans doute le robot le plus ‘bio-inspiré’ des trois. Son atout : sa vitesse et sa mobilité. Alors que les moules ne se déplacent que très lentement, le poisson, lui , fera l’aller-retour constant du fond de l’eau à la surface. Mais pourquoi des robots aux formes et aux fonctions si différentes ?

« Nous avons pris les trucs que la nature a trouvé et nous les avons adaptés à cette flotte de robots. Tous ces robots fonctionnent par des algorithmes bio-inqpirés dérivés d’animaux qui fonctionnent en bande comme les fourmis ou les poissons « , nous explique Thomas Schmickl, le coordinateur du projet Subcultron.

Une immense diversité biologique mise en péril par l’industrie et le tourisme

Pour l’instant, ces robots sont expérimentés en milieu fermé: la marina de l’arsenal. Mais d’ici quelques mois, ils s’égayeront dans la lagune de Venise. Un terrain d’investigation de plus de 60 km². C’est une région particulièrement intéressante, nous raconte Pierpaolo Camostrini, le directeur général de Corila, un consortium de coordination des recherche sur la lagune vénitienne.

C’est un milieu très particulier qui renferme une immense diversité biologique mais qui est aussi très fragile car il est depuis des siècles mis sous pression de l’industrie et du tourisme.

Si les hommes ont pu mesurer au fil des siècles l’évolution de la lagune de Venise, cet armada de robots le fera de manière bien plus systématique . Mais surtout, ils iront là où l’homme a beaucoup de difficulté à se rendre.