la Belgique

Douche, picots, plans inclinés… : la fondation Abbé Pierre s’indigne contre les dispositifs anti-SDF

 

Image d’illustration –
KENZO TRIBOUILLARD / AFP

La fondation Abbé Pierre et Emmaüs Solidarité s’associent pour dénoncer le mobilier urbain et les dispositifs mis en place pour empêcher les SDF de s’installer.

Pour dénoncer les dispositifs urbains anti-SDF mis en place à différents endroits en France, la Fondation Abbé Pierre et Emmaüs Solidarité ont lancé le hashtag #soyonshumains et collé des affiches dans plusieurs lieux en France qui ont mis en place ce genre de mobilier destinés à empêcher les sans-abris de s’installer.

« Ce n’est pas parce qu’on n’a plus rien qu’on n’a pas le droit de se reposer, de se laver, d’aller aux toilettes », a déclaré Christophe Robert, délégué général de la fondation Abbé Pierre devant une agence de la banque LCL en plein cœur de Paris. 

Des affiches pour dénoncer ce mobilier urbain

Une soixantaine de bénévoles de la fondation s’activaient à coller des affiches sur les murs et les fenêtres de la banque, scandant « Au lieu d’empêcher les SDF de dormir ici, offrons-leur un logement décent ailleurs ». Devant cet établissement, des picots sont installés, empêchant quiconque de s’asseoir ou de s’allonger le long des fenêtres.

La fondation a lancé également un site internet, soyonshumains.fr, ainsi qu’un hashtag du même nom, où chaque citoyen est appelé à photographier et poster des photos de dispositifs anti-SDF pour les répertorier. À Metz, des panneaux ont été collés sur des bancs, la devanture d’une banque, d’un magasin et d’un cinéma dès 07h00 par une quinzaine de militants de la Fondation.

Une douche anti-SDF

Il s’agissait de dénoncer les aménagements mis en place sur le mobilier urbain « pour empêcher les sans-abris de se poser, de s’allonger, de trouver un moment de trêve » et plaider pour « un accès direct des personnes à la rue à un logement », a indiqué Véronique Etienne, directrice de la fondation Abbé Pierre dans le Grand Est. Par exemple, à Paris, le site de la fondation répertorie de nombreux endroits aménagés pour que les SDF ne puissent pas s’asseoir, ou s’allonger : pics, poteaux, sièges espacés dans le métro…

Plus récemment, un nouveau moyen d’empêcher les SDF a vu le jour au cœur de la capitale, dans le 1er arrondissement : il s’agit des douches anti-SDF. À l’entrée d’un parking souterrain, l’entreprise Penates qui détient le lieu a mis au point un dispositif. Toute personne s’approchant de l’entrée du parking sans badge, reçoit une coulée d’eau froide. Le but: empêcher les SDF d’uriner devant l’entrée du parking. 

2000 personnes meurent chaque année dans la rue en France

Ces jets « c’est ce que nous avons trouvé de plus efficace », raconte Eric Lafontaine, le responsable des service généraux de l’entreprise au Parisien. Ironie du sort, cette douche est implantée en face de l’immeuble où ont été constitués les premiers groupes Emmaüs. 

« Dans notre système, on traite la santé, le logement, l’emploi… Alors que si on prend une personne dans son intégralité on peut faire un accompagnement global », ajoute la directrice de la fondation Abbé Pierre, jugeant « inacceptable que dans la cinquième puissance mondiale, il y ait encore des sans-abris et qu’on peine à mettre en place les solutions qui existent ».

Bruno Morel, directeur d’Emmaüs Solidarité, a voulu alerter sur « l’état d’épuisement dans lequel les personnes arrivent dans les centres », dénonçant ces « insupportables » dispositifs urbains. Selon la fondation Abbé Pierre, le nombre de personnes sans domicile fixe a augmenté de 50% entre 2001 et 2012, et plus de 2.000 personnes meurent dans la rue chaque année en France.