la Belgique

Expulsion de réfugiés: la police de Jodoigne choquée par les méthodes des collègues fédéraux

Ce mercredi matin, une vingtaine d’agents de la police fédérale, accompagnés d’un représentant de l’Office des étrangers et d’un médecin, ont débarqué au Centre Fedasil de Jodoigne pour procéder à l’expulsion d’une famille russe (d’origine tchétchène). La police locale était sur place mais n’est pas intervenue dans l’opération.

Il nous revient de plusieurs témoignages que l’intervention s’est déroulée de manière particulièrement musclée. « Je peux vous confirmer que mes policiers qui ont assisté à la scène ont été choqués, déclare Jean-Luc Meurice, le bourgmestre faisant fonction de Jodoigne. J’attends encore leur rapport écrit, mais nous n’en resterons sans doute pas là. Un rapport sera envoyé au Comité P ». Jean-Luc Meurice a également alerté officiellement le Premier ministre, ainsi que les ministres de la Justice et de l’Intérieur.

La famille a été séparée, ce qui ne peut pas arriver dans une procédure d’expulsion

Que s’est-il passé? Arrivée sur place, la police fédérale s’est rendue compte qu’un enfant de cette famille nombreuse n’était pas présent au Centre Fedasil. Il s’agit d’une adolescente qui avait passé la nuit chez une copine. Les policiers ont tout de même embarqué le papa et les sept autres enfants, en laissant la maman seule au centre, en attendant le retour de l’adolescente. La famille a donc été séparée, ce qui en principe ne peut pas arriver dans une procédure d’expulsion.

En outre, les policiers fédéraux ont dû employer la force pour contraindre le papa à monter dans le bus (camisole, casque rembourré…) devant les autres enfants médusés. « Ils attendaient dans le bus; certains étaient à peine habillés », témoigne un employé du centre. L’aînée des enfants, 16 ans, qui a servi de traductrice dans les premières minutes de l’intervention a perdu connaissance sous le coup de l’émotion.

Procédure d’expulsion interrompue in extremis sur le tarmac

« D’après mes informations, cette famille ne posait aucun problème au Centre, commente pour sa part Jean-Paul Wahl, bourgmestre en titre de Jodoigne. Les enfants étaient scolarisés et intégrés. Je ne commente pas l’ordre de quitter le territoire. Mais l’intervention de la police fédérale était manifestement inappropriée. Je le regrette parce que d’une manière générale, les choses se passent bien au Centre Fedasil de Jodoigne, et la cohabitation entre les réfugiés et les habitants est bonne ».

Sans explications de la part de l’Office des étrangers, la procédure d’expulsion a été interrompue in extremis sur le tarmac de l’aéroport militaire de Melsbroek. La famille a finalement été regroupée dans un autre centre de Fedasil. « Mais la procédure d’expulsion reprendra sans doute d’ici quelques jours, prévoit Dominique Ernould, la porte-parole de l’Office des étrangers. Cette famille est arrivée en Europe par la Pologne. En vertu des accords de Dublin, c’est à la Pologne d’examiner leur demande d’asile. Pas à la Belgique ».