la Belgique

Fêtes de Wallonie: des discours parfois marquants

C’est le grand week-end à Namur, celui des Fêtes de Wallonie. Et ce samedi c’est le grand jour au niveau politique, celui des discours officiels.

Le matin, le bourgmestre Maxime Prévot (cdH) s’exprimera dans les jardins de l’hôtel de ville. L’après-midi, le président du parlement régional André Antoine (cdH) et le nouveau ministre-président wallon Willy Borsus (MR) prendront la parole au théâtre royal de Namur.

Ces discours officiels sont souvent teintés d’un optimisme débordant, vantant l’essor de la capitale régionale et soulignant les effets du redéploiement wallon.

Mais parfois aussi, en dehors des accents conjoncturels, une pique, une revendication, une affirmation identitaire. Retour sur quelques sorties wallingantes de ces dernières années.

  • 2000, Jean-Louis Close (PS), bourgmestre

« Aucun sous-régionalisme n’entache mon propos : Namur est la capitale de tous les Wallons »

Ah ce statut de capitale régionale ! Il a longtemps été contesté par de grandes rivales de Namur. « Namur, capitale de la Région wallonne, est le siège du Conseil régional wallon » stipulait pourtant un décret de 1986.

Clair, mais pas assez. En 2010, un autre décret, abrogeant le premier, a alors précisé ce statut particulier: « Namur est: 1° la capitale de la Wallonie; 2° le siège du parlement wallon; 3° le siège du gouvernement wallon ».

Débat clôt ? Presque. En 2012, le bourgmestre Maxime Prévot (cdH) se réjouissait de marquer encore un peu plus le territoire de sa ville: « la Région wallonne financera divers grands panneaux de signalisation aux entrées principales de notre cité et le long des autoroutes pour qu’enfin les touristes puissent savoir que Namur est la capitale de notre Wallonie (…) Il est important d’œuvrer à la reconnaissance de notre capitale. Cela concourt à l’affirmation de l’identité de la Wallonie et à son développement ».

  • 2005, José Happart (PS), président du parlement

« Sans obligatoirement sombrer dans la surenchère, il faut qu’en Wallonie, on rompe enfin avec cet engrenage des avancées institutionnelles subies plus que voulues. Il faut que l’on sache, à commencer par les Wallons eux-mêmes que, si nécessaire, nous sommes prêts à faire connaître nos revendications institutionnelles, dans tous les domaines qui nous intéressent par leur valeur ajoutée ».

Le hérisson fouronnais est toujours resté fidèle à lui-même à l’occasion des Fêtes, appelant la Wallonie à assumer son destin face à une Flandre arrogante.

En 2007, il dira encore « ce n’est pas parce que l’on est demandeur de rien qu’il ne faut pas être prêt à tout ». Avant d’enfoncer le clou lors de son dernier discours en 2008, quelques années avant la 6e réforme de l’État: « Je ne laisserai inféoder la Wallonie par qui que ce soit sans me battre ».

  • 2009, Rudy Demotte (PS), ministre-président du gouvernement

« Le gouvernement assigne aux pouvoirs publics un rôle d’exemple (…) Cela leur impose de faire preuve de la plus grande efficacité et de renouer avec le citoyen un lien de confiance. C’est notamment l’enjeu de la gouvernance. Des avancées importantes ont déjà été engrangées mais des contre‑exemples appellent indéniablement une nouvelle action : rapide, déterminée et sans ambiguïté. La bonne gouvernance n’est pas un slogan. Ni un luxe ! Ni même une option. C’est une obligation et une obligation de résultats (…) Nous envisagerons toutes les actions nécessaires pour traduire un objectif clef : s’assurer que tous les mandataires considèrent qu’un comportement éthique va de soi ».

Les années précédentes avaient été marquées par les affaires liées au PS carolo, ébranlant l’ensemble de la classe politique francophone. Et le constat est là : 8 ans plus tard, les problèmes de gouvernance et les comportements peu éthiques de quelques-uns sont toujours au cœur de l’actualité politique.

  • 2009, Emily Hoyos (Ecolo), président du parlement

« Il est temps de dire – ou de redire – que la Wallonie n’a pas peur du dialogue avec les autres Régions ! Non par arrogance, mais parce qu’elle est sûre qu’un fédéralisme mûr et moderne ne mènera non pas à la fin de la Belgique, mais à la construction d’un État fédéral plus abouti, fondé sur des entités, Régions et Communautés, capables de travailler en bonne intelligence, au service de tous les citoyens de ce pays ».

La dernière réforme de l’État n’était pas encore sur la table, mais son parfum flottait déjà dans l’air. Comme souvent en Belgique…

Emily Hoyos qui plaidait par ailleurs en faveur d’une réforme du système électoral, et pour « une circonscription étendue à l’ensemble du territoire wallon pour l’élection d’une partie des parlementaires, afin de pouvoir donner davantage chair à la vision régionale et à l’identité wallonne ».

  • 2010, Jacques Etienne (cdH), bourgmestre

« Si la scission de la Belgique est inscrite dans les astres, ce ne sera pas la fin du monde. Je sais que ce langage peut encore heurter certaines sensibilités, mais n’est-il pas temps de dire les choses comme elles sont ? (…) Admettre la possibilité d’un divorce peut sauver un mariage ».

Les pieds dans le plat, dans le plus pur style Jacques Etienne. Une parole osée, surtout au cdH.

  • 2012, Patrick Dupriez (Ecolo), président du parlement

Autre Vert au perchoir, même revendication: « Si la Wallonie ne veut pas se contenter d’être une soustraction de la Belgique, elle doit, elle-même, devenir résolument plus que la somme de ses parties et de ses sous-régions (…) Cette circonscription régionale favoriserait un débat et une représentativité démocratique à l’échelle de la Wallonie. Et une telle réforme, j’en suis convaincu, serait de nature à renforcer concrètement la vision wallonne, l’identité régionale et l’autorité de nos institutions ».

  • 2013, Rudy Demotte, ministre-président

« Je lis les appels des acteurs économiques et sociaux qui fixent, notamment, pour objectif d’atteindre le plein emploi en 2025. Le plein emploi ! Qui aurait simplement osé évoquer ce concept pour la Wallonie, voici dix ans ? On l’aurait alors traité d’utopiste ! Aujourd’hui, c’est simplement faire preuve d’ambition ! Nous ne sommes plus en quête d’un horizon lointain, nous marchons vers un but ! »

Le plein emploi en Wallonie, où certes les statistiques s’améliorent, mais où le taux de chômage reste très important ? Le successeur de Rudy Demotte à l’Elysette, Paul Magnette (PS), estime pour sa part « tout à fait possible » d’atteindre le plein emploi dans 10 ans, alors que le ministre fédéral de l’Emploi Kris Peeters (CD&V) vise l’horizon 2025 également. Il est donc encore possible de partager une même (grande) ambition des deux côtés de la frontière linguistique.

  • 2014, André Antoine (cdH), président du parlement

« Il n’y a pas lieu de voir dans la 6e réforme de l’État une 6e étape qui en attendrait une 7e, une 8e ou une 9e. Les Régions et les Communautés ont aujourd’hui toutes les cartes en main pour maîtriser efficacement leur destin ».

Appel au stop institutionnel. On en reparle en 2019, en fonction des partenaires autour de la table fédérale.

  • 2016, Paul Magnette (PS), ministre-président

« Quand j’en appelle au patriotisme économique, ce n’est pas pour la beauté du geste (…) Il ne s’agit en aucune manière d’un repli sur soi. Nous restons une terre d’accueil pour tous ceux qui veulent investir chez nous, et nous voulons nous projeter toujours plus sur la scène internationale. Mais si l’on veut remailler notre tissu économique, et le faire en luttant contre les dérèglements climatiques, nous devons relocaliser la production autant qu’il est possible, et ancrer nos entreprises dans nos territoires ».

Prudent, Paul Magnette avait préféré le « patriotisme » au « nationalisme positif » employé par Rudy Demotte en 2013. Mais quoiqu’il en soit, les effets de ces incantations diverses sur les citoyens wallons restent encore peu tangibles.    

@RudyHermans