Politique

Guerre 14-18: controverse sur les massacres allemands, partage de responsabilités?

Plus de cent ans après le déclenchement de la première guerre mondiale, voici l’illustration qu’on n’en a jamais fini avec l’histoire. Un historien allemand publie un livre sur les massacres commis en Belgique en 1914 par les Allemands. Son étude tente de démontrer que la responsabilité de ces atrocités de la guerre 14-18 n’est pas unilatérale. Une thèse qui ne fait vraiment pas l’unanimité du côté des villes martyres belges. 

En août 1914, l’armée allemande tue plus de 5000 civils dans une centaine de communes wallonnes, flamandes et au nord de la France. Elle détruit plus de 15.000 habitations.  Les villes martyrs sont Visé, Aarschot, Louvain, Termonde mais aussi Tamines, Andenne et surtout Dinant avec 674 civils fusillés, des exactions d’une violence et d’une sauvagerie inouïes.

Historien de l’art, Ulrich Keller, 73 ans, ne nie pas les crimes de guerre allemands, mais il attribue, dans son livre, une responsabilité aux Belges. Selon le résultat de ses recherches, les soldats belges se seraient déguisés en civils pour mieux surprendre les Allemands: « J’ai trouvé des milliers de pages de témoignages de soldats allemands dans les Archives nationales à Berlin. Et il y avait notamment quelque 50.000 pages de déclarations de soldats allemands sous serment. Ce sont des documents fiables et qui n’ont pas été utilisés jusqu’à présent par les chercheurs », dit Ulrich Keller.

Une thèse contestée

C’est une thèse qui soulagerait ainsi en partie les Allemands de leur fardeau. Mais Axel Tixhon, professeur d’histoire à l’Université de Namur, conteste la véracité de la thèse d’Ulrich Keller qui s’est presque exclusivement basé sur des témoignages de soldats allemands: « On dispose aujourd’hui d’un certain nombre de témoignages écrits qui ne sont pas seulement de soldats allemands mais aussi des civils belges qui en ont été victimes, les familles des fusillés, les gens qui étaient là et qui ont vu ce qui se passait et qui ont relaté des événements de toute autre manière en disant que les soldats allemands entraient dans les maisons, faisaient sortir les civils, en exécutaient parfois certains sur le pas de la porte, regroupaient les autres et puis les fusillaient ».

Tout au long de son livre, l’historien allemand livre des exemples qui étayent sa thèse: « Il y a plusieurs centaines de témoignages où les soldats allemands disent avoir trouvé, par terre, en pleine rue, des chaussures de militaires, des uniformes militaires, mais pas d’armes ».  Pour Ulrich Keller, cela signifie qu’il y a eu des échanges de vêtements entre civils et militaires. L’historien belge conteste: « Il y a beaucoup d’autres facteurs qui peuvent expliquer la présence de vêtements militaires partout dans la mesure où à ce moment-là, il faisait très chaud et les soldats essayaient de se délester au maximum de leur équipement ».

D’un côté, une thèse qui remet en cause tous les livres d’histoire.  De l’autre, le sentiment qu’Ulrich Keller tente d’échapper à une responsabilité allemande.