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La dette grecque, poule aux euros d’or de la Banque centrale européenne

La Banque centrale européenne a révélé que les sommes prêtées à la Grèce entre 2012 et 2016 lui ont rapporté 7,8 milliards d’euros en versements d’intérêts.

Sauver la Grèce n’est pas facile, ça coûte cher mais ça peut rapporter gros. La Banque centrale européenne (BCE) a révélé, mardi 10 octobre, qu’elle avait gagné 7,8 milliards d’euros grâce aux bons du Trésor grec qu’elle détient depuis 2012.

L’institution financière européenne a commencé à acheter de la dette grecque, après avoir mis en place le mécanisme de SMP (Securities market purchase) en 2010, qui lui permet d’acquérir directement des titres de pays en difficulté. Elle prête ainsi de l’argent à l’État qui en a besoin – près de 30 milliards d'euros à la Grèce -, qui est censé le rembourser à échéance.

Pactole

Un système gagnant-gagnant… mais un peu plus pour les banques centrales européennes. Car le pays émetteur de ces bons du Trésor doit s'acquitter, chaque année, des intérêts. Les profits ainsi accumulés sont ensuite reversés aux banques centrales des différents pays de la zone euro.

La BCE n’est pas la seule à s’être constituée un tel pactole sur le dos de la Grèce. Le Fonds monétaire international (FMI) touche aussi, année après année, les intérêts pour les milliards prêtés à Athènes. L’institution, présidée par la Française Christine Lagarde, a gagné 2,5 milliards d’euros, d’après une analyse menée en 2015 par le Jubilee Debt Campaign, une association britannique qui milite pour l’allègement du fardeau financier des pays les plus endettés.

Le versement d’intérêts sur la dette est, en théorie, la norme. Mais l’annonce du montant risque d’alimenter le débat sur les bénéficiaires de cette manne. Athènes a longtemps espéré que ses créanciers lui reverseraient l’argent. En 2013, la BCE et le FMI avaient, en effet, mis au point un mécanisme pour que les sommes soient redistribuées à la Grèce. Le système, qui reposait sur la bonne volonté des États européens à reverser in fine les profits sur la dette grecque, que la Banque centrale européenne leur faisait parvenir, n’a jamais été appliqué.

La faute à l’Allemagne, rappelle Les Échos. En 2015, le puissant ministre allemand des Finances, Wolfgang Schäuble a décidé que son pays ne reverserait pas sa part des profits tirés de la dette grecque. À l’époque, les tensions étaient à leur comble entre la Grèce et l’Union européenne. Le Premier ministre grec Alexis Tsipras, dont le parti de gauche radicale Syriza venait de remporter les élections, essayait de renégocier le montant de la dette grecque… au grand dam de Berlin. Les autres pays semblent avoir, ensuite, suivi l’exemple germanique.

Efforts grecs

Rien n’a changé depuis du côté des banques centrales, alors même que la Grèce a mis de l’eau dans son vin pour amadouer Bruxelles et Berlin. Alexis Tsipras a, ainsi, laissé partir, en juillet 2015, son tonitruant ministre des Finances Yanis Varoufakis, qui faisait figure d’épouvantail aux yeux de Wolfgang Schäuble. Il a aussi accepté de mener la plupart des réformes économiques demandées par ses créanciers au prix d’une forte baisse de popularité.

Seul espoir financier pour Athènes : l’Eurogroupe – la réunion des ministres européens des Finances – a de nouveau évoqué en juin 2017 le reversement de ces profits à la Grèce. Il serait temps. Car si les banques centrales européennes ont profité de la crise grecque, Athènes peine à sentir les bienfaits de l’aide internationale octroyée depuis sept ans. Le montant de sa dette n’a quasiment pas reculé depuis le début de la crise en 2010 et il est même passé d’un peu moins de 150 % du PIB à 185 % de son PIB.

Première publication : 11/10/2017