Economie

L’Argentine est-elle en train de sombrer dans une crise financière?

L’Argentine est au cœur d’une nouvelle crise financière à tel point que Buenos Aires appelle le Fonds monétaire international (FMI) à la rescousse. Symboliquement, ce n’est pas rien dans un pays où la population déteste littéralement le FMI.

La situation financière de ce pays d’Amérique latine reste tendue et les prêteurs se méfient du peso, qui a perdu 20% de sa valeur en un mois et demi. Le premier élément d’explication est curieusement le dollar américain. Éric Dor, directeur des études économiques à l’IESEG School of Management de Lille, explique :
« ce qui se passe, c’est qu’au départ vous avez des taux d’intérêt bas en dollars et les investisseurs empruntent alors en dollars pour replacer en devises des pays émergents, comme par exemple le peso argentin pour bénéficier de beaux taux d’intérêt ». Mais quand tout d’un coup les taux d’intérêt en dollars commencent à monter, cette opération n’est plus intéressante et engendre un rapatriement brutal des capitaux, qui quittent les pays émergents pour retourner dans la zone dollar.

C’est ce qui se produit actuellement en Argentine. Les taux d’intérêts américains sont en forte hausse et la plupart des pays émergents sont touchés. Mais c’est vrai que l’Argentine souffre davantage que d’autres à cause de son économie qui est fragilisée, notamment par un taux d’inflation annuelle de 25%.

« Ça veut dire qu’en moins de quatre ans vos prix doublent. Donc, on sait bien que quand un pays a un taux d’inflation beaucoup plus élevé que celui des autres, sa monnaie doit inéluctablement se déprécier », explicite Éric Dor. Alors, pourquoi est-ce que l’inflation est aussi élevée ? Évidemment, la dépréciation du peso renforce ce phénomène puisqu’il renchérit tous les prix importés.

Une santé économique plutôt bonne

S’ajoute le fait que l’Argentine est en train de mener des politiques qui sont davantage pro-marché, comme le lui ont conseillé toutes les institutions internationales, comme le FMI, etc.

Dans ce contexte l’état de santé de l’économie argentine reste tout de même plutôt bon. Croissance économique de 2,8% l’année passée et ce sera sans doute autour de 2% cette année. Le recul de la croissance est dû à la pire sécheresse que connaît le pays depuis 30 ans qui nuit à la production de céréales, dont le pays est un grand exportateur. Ceci signifie moins de devises qui rentrent, en l’occurrence moins de dollars aussi, pour assurer le service d’une dette dont une grande partie est précisément libellée en dollars.

Pour garder la tête hors de l’eau la Banque centrale argentine a notamment fait décoller son taux d’intérêt des références de 40%. En Belgique, on est autour de 0. L’idée est d’éviter que la valeur du peso continue à s’effondrer. Autre axe de travail : la persuasion. Le président argentin essaie de convaincre les investisseurs que le pays va continuer à faire des efforts pour limiter les déficits budgétaires, une recette typique du FMI. D’ailleurs, le FMI va aujourd’hui tenir une importante réunion sur l’Argentine.