la Belgique

Le Premier ministre des Pays-Bas a-t-il raison de critiquer les grandes entreprises belges ?

C’est la polémique politique du week-end : samedi, le Premier ministre néerlandais Mark Rutte, a déclaré ne « pas vouloir finir comme la Belgique (…) La Belgique n’a plus qu’une seule entreprise internationale: InBev. Les autres sont parties. » Le chef du gouvernement batave a tenu ces propos lors d’une conférence de presse annonçant la suppression d’une taxe sur les dividendes payées par les investisseurs étrangers, une taxe qui sera abolie d’ici 2019 outre-Moerdijk. 

Les réactions n’ont pas tardé: le cabinet du Premier ministre Charles Michel, la FEB, Kris Peeters, Jan Jambon, et finalement Charles Michel lui-même lors du congrès du MR à La Louvière, ce dimanche: « La Belgique est un pays solide. Nous avons mieux résisté à la crise économique et financière que les Pays-Bas. Et nous avons de grandes entreprises internationales dans des secteurs porteurs comme la chimie et la pharmacie. (…) Les propos de Mark Rutte sont maladroits, je ne les accepte pas et ils ne peuvent se répéter. » Réaction à la hauteur de la colère du Premier ministre belge en réponse à des déclarations d’un homologue pourtant proche de Charles Michel: pas plus tard que mercredi dernier, les deux hommes et le Premier ministre luxembourgeois se sont vus lors d’un « sommet Benelux »

Et si Mark Rutte avait, en fait, raison ?

« Il n’y a plus qu’une seule entreprise internationale » en Belgique. Assurément, c’est faux. Outre Inbev, on peut citer Solvay, UCB, Umicore. Mais pas beaucoup plus. Ce sont, en tout cas, les seules entreprises belges, avec une certaine activité à l’international, que l’on retrouve sur la liste des 2000 plus grandes entreprises au monde du magazine Forbes. En tout, la Belgique compte, dans ce classement, 9 entreprises.



Les entreprises belges dans le classement FORBES 2000 – © Tous droits réservés

Il y a donc le mastodonte AB InBev avec une capitalisation boursière de 213 milliards de dollars. Et loin, très loin derrière, on retrouve la KBC avec 27 milliards, UCB avec 14 milliards, Solvay avec quasi 13 milliards, Proximus avec 10 milliards. De la pétro-chimie, du financier, un zeste de télécommunication et de la distribution: voici donc les grandes entreprises du Royaume. Moins de la moitié disposent d’une activité conséquente hors de nos frontières. Pour les entreprises néerlandaises, c’est l’inverse…



Les entreprises néerlandaises dans le classement FORBES 2000 – © Tous droits réservés

Shell (pétrole), Unilever (alimentation), ASML (construction), NXP (technologie), Altice (télécom, bien qu’elle n’a que très peu d’activité aux Pays-Bas), Philips, Ahold Delhaize, Heineken, Azko Nobel (chimie). On pourrait encore citer VEON (télécom), Randstad ou Delta Llyod. Les entreprises bataves sont plus nombreuses, leurs domaines d’activité sont plus diversifiées que les belges. Les Néerlandais sont plus fortement orientées à l’international, avec des capitalisations boursières autrement plus importantes que celles des entreprises belges. Un seul calcul pour le montrer: si l’on additionne les capitalisations boursières, et donc la valeur des 23 entreprises néerlandaises présentes dans le FORBES 2000, on arrive au chiffre de 772,4 milliards de dollars. Le même calcul pour les 9 entreprises belges qu’on retrouve dans le même classement donne 300 milliards de dollars (avec AB InBev responsable de 71% de ce montant…)

Conclusion

Mark Rutte a bien entendu tort lorsqu’il dit qu’il n’y a qu’une seule multinationale belge. Mais derrière une certaine arrogance hollandaise que les Belges connaissaient bien, sur le fond, le Premier ministre néerlandais pointe du doigt une certaine réalité belge: oui, les entreprises belges n’arrivent pas à rester maîtresse de leur avenir. Les deux derniers exemples en date avec le rachat, par le néerlandais Ahold du belge Delhaize, et la tentative avortée de Bpost, qui voulait s’offrir la poste néerlandaise, le rappelle cruellement: les entreprises belges ont du mal à s’étendre à l’international. Des entreprises comme Colruyt ou Proximus, champions nationaux chez nous, sont (quasiment) inexistants hors de nos frontières. Oui, comme le dit Charles Michel, la Belgique a mieux résisté que les Pays-Bas à la crise financière. Mais aujourd’hui, nos voisins « performent » (largement) mieux. Et ne se cachent pas pour le faire savoir.