la Belgique

Le tourisme durable explose, mais de quoi parle-t-on exactement?

2017 a été décrétée « année du tourisme durable » par les Nations Unies. Tourisme durable, équitable, responsable: la notion est finalement assez large. Cela signifie que l’activité du tourisme respecte les trois piliers du développement durable.

Un tourisme qui se développe de plus en plus

L’économique: il faut que le tourisme contribue au développement des destinations. L’environnement  les impacts du tourisme doivent être limités pour que les générations futures puissent aussi en profiter. Le social : il faut que le tourisme n’accentue pas les inégalités sociales.

A ces trois piliers traditionnels, classiques, les acteurs du tourisme en ont rajouté un quatrième. Jean-Michel Decroly, professeur de géographie et de tourisme à l’ULB, nous le présente, c’est le « pilier culturel. Sur ce plan, un tourisme dit « durable », c’est un tourisme qui ne remet en question l’intégrité des cultures matérielles et immatérielles dans les destinations ».

Le tourisme durable se développe de plus en plus. De nombreuses initiatives existent à différents niveaux. Alors ça peut être le pays qui prend des réglementations. Exemple: aux îles Baléares, un gouvernement avait décidé d’imposer des écotaxes sur les nuitées touristiques, mais comme la majorité a changé, ces écotaxes ont disparu.

Ça peut être les labels des sites, des établissements, comme le label « clé verte » qui existe dans 53 pays, et là l’hébergement avec ce label s’engage à utiliser des panneaux photovoltaïques, à économiser l’eau, à proposer une cuisine locale. Et puis, il y a les tours opérateurs alternatifs qui sont de plus en plus présents, et qui proposent des séjours un petit peu partout dans le monde.

Objectif de vacances

Jean Michel Decroly en présente un : « Par exemple, un séjour au Bénin. Il s’agit alors de faire à la fois un circuit de découverte de certaines parties du Bénin, mais aussi de contribuer à des projets de développement, notamment en animant des groupes de soutien scolaire, ou encore en enseignant l’informatique. Le tout en étant hébergé dans des structures légères, qui sont gérées par les communautés locales. Donc ça c’est un exemple parmi tant d’autres d’une forme de tourisme qui s’inscrit un peu dans les principes de la durabilité. »

Précisons que ce sont bien des vacances, ce ne sont pas des projets de coopération que les jeunes effectuent souvent. On est bien ici dans un objectif de vacances, de découverte. Dans la plupart des cas, les personnes qui optent pour ce tourisme durable ont entre 40 et 55 ans, sont issues de la classe moyenne. Ce sont des voyageurs curieux ,qui marchent aussi beaucoup. Côté budget, ce n’est pas beaucoup plus cher, mais l’argent revient plus aux prestataires locaux qu’à des grandes enseignes donc de groupes internationaux.

Paradoxe environnemental

Tout le paradoxe aujourd’hui d’un tel tourisme durable, ce sont les déplacements. Le pilier environnemental en prend un coup avec des découvertes écolo qu’on vous propose au bout du monde, alors que vous devez vous y rendre en avion et toutes les émissions donc de CO2.

Il est toujours possible de compenser ces émissions de déplacement via un système de compensation, mais c’est rarement fait, et donc les efforts durables sont en quelque sorte anéantis. Évidemment, c’est plus exotique, plus dépaysant d’aller faire du tourisme durable ailleurs que chez nous mais, pas toujours.

Jean Michel Decroly explique: « Dans nos sociétés, à l’heure actuelle, il y a une représentation forte qui est de dire ‘les émotions qu’on aura en allant au Sahara seront beaucoup plus fortes que celles qu’on peut avoir à Blankenberge. Je pense que, il faut peut être relativiser cela, qu’on peut avoir bien des surprises en découvrant des territoires qui sont proches de chez soi et qu’on connaît mal. Je pense notamment à la Campine, qui est une région touristique assez importante d’ailleurs. On va peut-être découvrir des paysages inattendus, des manières de vivre, des manières de faire, des lieux qui sont inattendus et que l’exotisme il peut être aussi à proximité de chez soi. »

10% du PIB

A noter que le tourisme est une activité génératrice de revenus pour certaines destinations: il représente parfois un tiers de la richesse du pays. En général il contribue à 10% du PIB, comme pour la Turquie, l’Egypte, et ces dernières années, il faut bien le dire, ces 2 pays ont vu évidemment les flux touristiques diminuer, vu les tensions géopolitiques et les attentats.

C’est donc un réel soutien, cette décision, et pour les Nations Unies qui prônent un développement durable, avec les objectifs de 2030, il fallait soutenir le tourisme mais un tourisme équitable, responsable.