la Belgique

Les petites épiceries font leur retour dans les villages

C’est une tendance dont même les grandes chaînes de distribution commencent à s’emparer: ouvrir des magasins dans les centres des villages ou des quartiers fort habités, accessibles à pied, ouverts à des heures fort étendues, même le dimanche, et proposant de quoi dépanner au maximum le consommateur. Les épiceries de proximité avaient déserté les villages ces dernières années, avec l’ouverture des grandes surfaces en périphérie. Certains indépendants ont fait le pari de réimplanter ces petits commerces, en se démarquant des grandes enseignes. C’est ainsi que Bruno Leblanc a ouvert il y a bientôt un an une épicerie qui porte son nom, en plein cœur de St-Symphorien (Mons). Après de nombreuses années passées à travailler dans le secteur des assurances, il s’est cherché un nouveau projet professionnel: « Lors d’un voyage au Danemark, j’ai vu ce genre de petit commerce local, et je me suis dit qu’il y avait quelque chose à faire ici, vu qu’il n’y a plus de commerce alimentaire dans le village depuis 5 ou 6 ans, raconte-t-il. Je me suis aussi rendu compte que les gens avaient de plus en plus envie de produits locaux, de circuits courts. Et comme il y avait une surface commerciale inoccupée ici, j’ai contacté les propriétaires et je me suis lancé ».



Bruno met en valeur les petits producteurs locaux dans son épicerie – © S. Vandreck

Ce n’est pas parce qu’on vend des produits locaux qu’on est plus chers

Le magasin de Bruno fait la part belle aux produits des petits producteurs de la région : paniers de légumes, bières, vins, fromages, charcuteries… Il complète son offre par des préparations maison. Bruno se défend cependant d’avoir ouvert une épicerie fine, où on ne vient que pour des produits qui sortent du quotidien: « Détrompez-vous! Ce n’est pas parce qu’on est une épicerie locale qu’on est plus chers. Je vais directement chez le producteur, il n’y a pas d’intermédiaires, c’est moi qui vais chercher la marchandise. C’est comme ça que je peux garder des prix concurrentiels ». Au fil des mois, l’épicier a étoffé son offre en fonction des souhaits de la clientèle, mais s’il peut dépanner pour le repas du soir ou un apéro improvisé, il ne proposera pas dans ses rayons de rouleaux de papier toilette, de la lessive ni des produits industriels. Du moins à ce stade. Pour l’instant Bruno n’a d’ailleurs pas peur de la concurrence de la grande distribution: « Pour l’instant, mes producteurs ne sont pas présents en grande surface. Mais il y a une demande de la clientèle pour des produits locaux mais, trop habituée à tout trouver au même endroit, elle ne se déplace pas d’un producteur à l’autre. Je les ai donc réunis sous le même toit ».



Wendy a ouvert son magasin il y a 5 ans – © S. Vandreck

Recréer de la vie dans le village

La grande distribution ne fait pas non plus peur à Wendy. Elle a rouvert il y a cinq ans un magasin d’alimentation générale sur la Grand-Place d’Hautrage (Saint-Ghislain). Chez elle, pas de produits locaux : elle entend se différencier de la grande distribution par l’accueil et le service à la clientèle. « Nous sommes un point relais pour les colis. Nous proposons des sandwiches le midi. Nous sommes ouverts le dimanche et livrons à domicile nos clients qui ne savent plus se déplacer », explique-t-elle. Derrière le comptoir, entre deux sandwiches, Patricia, sa maman, ajoute: « Les clients vont peut-être aller voir dans la grande surface voisine, mais ils reviendront toujours dans leur petit magasin, car ici on parle! Dans une grande surface, vous ne pouvez pas vous permettre de raconter votre vie ». Les clients de Wendy le confirment  l’épicerie a recréé de la vie dans le village (voir reportage ci-dessous).

 

Wendy et sa famille ont mûrement réfléchi avant de se lancer dans l’aventure :  » On a d’abord passé des heures en face de ce magasin pour voir s’il y avait du passage. Et maintenant, on se rend compte qu’on a eu raison d’ouvrir « , se réjouit-elle. Bruno dispose pour le moment de moins de recul :  » C’est plus dur que prévu, il faut s’accrocher. Mais à partir du moment où on voit que ça progresse, que les gens sont contents, ça motive « . Le commerçant est d’ailleurs toujours à la recherche de petits producteurs pour compléter son offre.



Il n’y avait plus d’épicerie dans le village – © S. Vandreck