Politique

L’Europe est-elle face à un nouveau tournant diplomatique?

L’Europe peut-elle prendre le leadership et s’émanciper de son allié américain sur certains dossiers? Depuis l’élection de Donal Trump à la tête des Etats-Unis, les deux continents ont des divergences de point de vue et plusieurs accords sont en mauvaise passe. Le président américain a acté le départ du pays de l’accord sur le nucléaire iranien et l’accord de Paris.

Un tournant pour l’Europe?

« Tous les Européens, tous ceux qui voient dans le projet européen un avenir important peuvent dire merci aujourd’hui à Trump. Merci de faire un tel tollé en sortant de l’accord iranien, merci de sortir de l’accord de Paris, également les mesures isolationnistes commerciales prises par le gouvernement Trump », explique Fabien Willermain, spécialiste des affaires européennes.

Selon lui, on peut remercier le président américain, « parce que s’il y avait encore certaines personnes qui doutaient du besoin d’avoir une unité politique européenne, une unité diplomatique européenne, voire une défense européenne, maintenant ils n’ont plus d’excuses. C’est donc le moment pour les chefs d’État et les gouvernements d’agir concrètement dans ce sens. Est-ce qu’ils vont y arriver ? C’est la grande question, mais réellement on peut lui dire merci. Donc ça, c’est clairement un momentum que nous devons saisir. »

Désaccords européens 

Lors de l’inauguration de l’ambassade américaine à Jérusalem trois pays européens, membres de l’Union européenne étaient présents : l’Autriche, la Hongrie et la Roumanie. L’Europe semble ne pas accorder ses violons. 

« La question du conflit israélo-palestinien a toujours été quelque chose de problématique. D’ailleurs, au dernier Conseil des ministres des Affaires étrangères européens, il a été extrêmement difficile d’avoir une déclaration condamnant l’installation de l’ambassade américaine à Jérusalem. C’est effectivement vraiment une épine dans le pied de l’unité européenne, mais de surcroît, le président tchèque a manifesté à plusieurs reprises un intérêt pour également suivre le geste américain et installer une ambassade tchèque à Jérusalem », ajoute Fabien Willermain

Un élément très problématique. « De surcroît, la question du conflit israélo-palestinien et le rôle de l’Union européenne en tant qu’acteur ont toujours été problématiques. On a souvent tendance à dire que l’Union européenne est le plus grand bailleur de fonds pour construire des écoles, pour aider des deux côtés en termes économiques, mais aussi pour aider la création de polices sur les écoles, etc. »

Selon lui, il faudrait maintenant arriver à passer ces quelques divisions pour réellement être un acteur, « parce qu’on voit que l’action américaine pose tellement de problèmes et de questions en termes de relations internationales que l’Europe doit jouer ce rôle. On peut espérer que certains leaders européens qui sont assez nouveaux et qui ont le vent en poupe — pour ne pas citer Emmanuel Macron — prendront ce leadership. On en a plus besoin que jamais. »

Oseront-ils s’opposer?

Les leaders européens oseront-ils s’opposer aux Etats-Unis? Fabien Willermain considère que c’est aujourd’hui possible. « Pour la première fois, la semaine passée, Angela Merkel a dit : ‘l’Union européenne ne peut plus compter sur les États-Unis pour se défendre.’ C’est quelque chose d’assez fondamental. « 

Ces quelques mots signifient que, « l’Allemagne est encline à accepter une plus grande intégration en matière de défense. Parce qu’évidemment, pour des raisons historiques, l’Allemagne a toujours été sceptique à l’idée d’une intégration, d’un renforcement, d’un pilier de défense, ne parlons même pas d’une armée européenne. Pour l’Allemagne, ça a toujours été exclu. » Selon lui, l’Allemagne comprend aujourd’hui le besoin plus que jamais d’un vrai pilier européen.

L’OTAN remis en question?

Pourtant, les pays européens sont clairement divisés sur plusieurs questions, de quoi remettre en question les principes mêmes de l’OTAN (Organisation du Traité de l’Atlantique Nord).

« Vous avez les pays d’Europe de l’Ouest qui sont en faveur d’un vrai pilier européen, d’une vraie intégration européenne de la défense, et les pays d’Europe de l’Est sont toujours un peu craintifs de cette idée, qui effectivement existe depuis des années et est dans les placards européens depuis des années, et ils se raccrochent toujours et encore à l’idée de l’OTAN. »

Il ajoute: « La position de la Belgique est très intéressante. Elle a une position, pour moi, de consensus. Le ministre des Affaires étrangères a toujours plaidé pour un pilier européen au sein de l’OTAN, ce qui est pour moi quelque chose d’assez utile parce que l’OTAN dispose tout de même d’installations et de commandements qui sont là et ce serait quand même dommage de ne pas les utiliser. Mais en même temps, il faudrait avoir une certaine indépendance au sein de l’OTAN et bien sûr ça nécessite l’accord de nos partenaires au sein de l’OTAN, ce qui n’est pas encore gagné. »