la Belgique

Rendre autonomes les enfants qui souffrent d’un retard mental

Faire les courses, préparer à manger, faire le ménage, se laver correctement, s’habiller… cela fait partie de notre quotidien. Et si pour beaucoup, c’est presque devenu un automatisme, pour ceux qui souffrent d’un retard mental, c’est une toute autre affaire.

A l’école Joie de Vivre (école de filles, non mixte), on tente d’y remédier en rendant plus autonome les enfants qui souffrent d’un retard mental. L’idée est qu’ils puissent trouver leur place dans la société.

Cette école du secondaire d’enseignement spécialisé existe depuis une quarantaine d’années à Jette. Mais en septembre 2016, elle a ouvert une nouvelle implantation à Laeken : les Autonomes.

On y accueille uniquement des élèves de type 2, c’est à dire ceux qui ont un retard mental modéré à sévère.

« On a regroupé ici les élèves pour qui les besoins d’autonomie sont les plus criants. Et on a gardé sur le site de Jette, les élèves de type 2 qui ont plus les compétences en autonomie et pour qui on peut envisager des stage en entreprise de travail adapté, et développer des compétences scolaires plus importantes », explique Benoît Lengele, le directeur de l’école Joie de Vivre.

Des horaires à la carte

Pas de classe en fonction de l’âge dans cette section, mais des horaires individuels. C’est d’ailleurs la première chose que l’élève fait en arrivant : visualiser son horaire de la journée en l’affichant sur un panneau géant.

« C’est un panneau pour qu’elles aient un repère visuel pour qu’elles sachent exactement avec qui elles sont tout au long de la journée parce que sinon cela peut amener du stress et de l’incompréhension. Et donc, cet horaire est construit avec chacune parce qu’il n’y a pas de groupe fixe sur la journée. En rose, ce sont les deux premières heures ; la bande mauve, ce sont les deux heures juste avant midi ; la bande orange, ce sont les deux heures juste après le repas de midi ; et la bande grise, ce sont les deux dernières heures de la journée », détaille Aude Charlet, la coordinatrice 

Mathématique, français, gestuel, transition à la vie adulte… quelques exemples de cours parmi d’autres. Chaque jour, il y a aussi un groupe qui va faire les courses. Aux Autonomes, ce sont les élèves qui préparent le repas de midi et les collations de la journée.  



Des images pour aider les élèves dans leur apprentissage. – © C.Biourge – RTBF

Pour les aider, les éducatrices misent beaucoup sur le visuel : « Elles ont chacune un petit caddy avec les images de ce qu’elles doivent trouver dans les rayons. C’est vraiment pour les habituer à reconnaître les aliments, les articles dans le magasin, et à ce qu’elles se débrouillent un maximum toutes seules. C’est vraiment dans un but d’autonomie pour qu’elles puissent le faire par après pour elles-mêmes », explique Mme Christine en charge de ce cours de travaux ménagers le jour de notre visite.

« Tout est sujet à apprentissage »

Et si le visuel est important, le concret l’est tout autant: « Dans ce travail concret, tout est sujet à apprentissage, déclare Benoît Lengele, le directeur de l’école. Donc, cela peut être le professeur de math qui prépare les collations parce qu’on va demander de préparer cinq tomates et trois concombres. On va aller les chercher dans la réserve, on va les compter… Tout est sujet à apprentissage, ce qui n’est pas le cas dans une structure scolaire plus classique. »

Et cela marche! La direction, comme les personnes encadrantes d’ailleurs, estime que les élèves, sont davantage apaisés dans cette nouvelle structure et font, du coup, davantage de progrès : « Dès le 2 septembre, on a trouvé le groupe ici tout à fait apaisé. Et parallèlement, on a retrouvé le groupe de Jette, tout à fait apaisé aussi. Donc, c’est vraiment ce qu’on appelle du win-win. Les deux groupes d’élèves ont profité de l’implantation. Ici, on a pu mettre en place des techniques où elles sont beaucoup plus en autonomie dans leur travail, ayant des choses plus pratiques. Et du côté de l’école, on a pu gagner une dimension plus scolaire, qui tire les élèves de type 2 de Jette vers un comportement d’élèves de type 1 (retard mental léger, ndlr). Donc, on retrouve un comportement qui est plus professionnel. Ce qui va permettre un travail en entreprise de travail adapté. Et ici (à Laeken, ndlr), on va retrouver vraiment un esprit de famille. »

Autre avantage, selon son directeur : « L’intérêt de nos deux implantations, c’est que sur l’implantation de Laeken, nous avons développé des projets d’autonomie ; et quand les compétences en autonomie sont atteintes, alors elles continuent sur le site de l’école Joie de Vivre (à Jette) où on va aller plus loin dans les compétences professionnelles. »

Les Autonomes comptent aujourd’hui 38 élèves pour une dizaine de personnes encadrantes. Ils pourraient être une cinquantaine dans les deux ans à venir.