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Rohingyas: la Région bruxelloise ne participera pas à la mission économique en Birmanie

La Région bruxelloise ne participera pas à la mission économique prévue du 11 au 17 novembres prochains en Birmanie : voici l’annonce faite ce vendredi par la secrétaire d’Etat bruxelloise au Commerce extérieur Cécile Jodogne (DéFi). La raison principale de cette marche arrière porte sur le drame des Rohingyas, cette minorité musulmane victimes de violences commises par l’Etat central birman et dénoncées par l’ONU et plusieurs organisations internationales.

Une participation prévue

Cécile Jodogne était interpellée au Parlement bruxellois pas le député PS Jamal Ikazban, lequel s’interrogeait sur la participation ou non de BI&E (Brussels Invest & Export, le bras armé du commerce extérieur à Bruxelles) au déplacement en Birmanie, la mission étant initiée par l’AWEX, l’Agence wallonne à l’exportation.

« Il est vrai que cette participation était initialement prévue dans le Plan d’Action 2017 de Brussels Invest & Export. En effet, le Myanmar (l’autre nom de la Birmanie, NDLR) présente un intérêt pour nos entreprises, avec l’ouverture de ce marché. Pour rappel, notre dernière mission dans ce pays datait de 2012 », rappelle Cécile Jodogne. « Ce Plan d’Action a été publié en novembre 2016. A ce moment-là, la situation sécuritaire n’était pas celle qu’une partie du pays connaît depuis plusieurs semaines, voire plusieurs mois : une situation de violence extrême et d’exactions qui a débuté fin août dans le nord de l’État Rakhine, près de la frontière avec le Bangladesh, et qui a forcé plusieurs centaines de milliers de personnes issues de la minorité rohingya à l’exil. »

« Après évaluation de la situation, BI&E a pris la décision d’annuler sa participation à cette mission, et ce conformément à la ligne que j’ai déjà eu l’occasion de présenter devant cette Commission en matière de commerce extérieur et de respect des droits de l’homme. »



Des réfugiés Rohingyas au Bangladesh. – © MUNIR UZ ZAMAN – AFP



Des réfugiés de la communauté Rohingya. – © INDRANIL MUKHERJEE – AFP



Des réfugiés de la communauté Rohingya. – © MARION THIBAUT – AFP

Selon une enquête de l’ONU, la campagne de répression « systématique » contre les Rohingyas a été conçue pour expulser définitivement la minorité musulmane de l’Etat Rakhine. Plus d’un demi-million de Rohingyas ont fui cette région depuis la fin août, selon l’ONU, soit la moitié de cette communauté musulmane apatride, installée en Birmanie depuis des décennies. Ils se sont réfugiés au Bangladesh voisin où ils vivent dans des conditions misérables.

Les précédentes annulations: Turquie et Philippines

Pour Cécile Jodogne, « au-delà de la situation tragique qui touche certains groupes de population du Myanmar, il est pour moi tout à fait clair, et ce depuis ma prise de fonction comme secrétaire d’Etat au Commerce extérieur, que nos actions en matière de commerce extérieur se font en tenant compte autant que possible de la situation des droits humains. Comme j’ai déjà eu l’occasion de m’exprimer sur le sujet, oui, nous pouvons réagir, en rapport avec la situation des droits humains dans les pays tiers, notamment dans le cadre de missions économiques. Cela a déjà été le cas en mai 2016, lorsque BI&E a décidé de ne pas participer à la mission bi-régionale avec l’AWEX en Turquie. A cette époque, de nombreux journalistes turcs faisaient l’objet de pressions et de poursuites judiciaires disproportionnées de la part du Gouvernement. Cela a encore été le cas il y a exactement un an, pour la mission princière initialement prévue aux Philippines, et réorientée vers la Corée du Sud. Aujourd’hui, c’est au Myanmar que nous assistons, malheureusement, à des violations massives des droits fondamentaux. »

Pour Jamal Ikazban, c’est la satisfaction. L’annulation de la participation de Bruxelles devenait un impératif: « Je suis conscient que ce type de missions se prépare des mois à l’avance, néanmoins l’essence même de toute politique étrangère est la réactivité aux événements nouveaux a fortiori lorsqu’il est question de violations aussi graves des droits de l’homme fondamentaux. »

Cécile Jodogne va par ailleurs demander à l’AWEX de retirer de son site internet toutes les références à BE&I, comme c’est encore le cas aujourd’hui



Le site de l’AWEX faisant référence à la mission. – © AWEX

Camp de réfugiés Rohingyas à la frontière entre Bangladesh et Birmanie