la Belgique

Le retour de la calculette maudite

 

Cela devait être un des marqueurs de la gestion N-VA: des finances fédérales assainies et un budget en équilibre. Fini avec les années de mauvaise gestion socialiste (même si Cd&V et libéraux étaient de l’aventure, mais chuuut …).

 Caramba encore raté ! Tout comme pour un certain Yves Leterme qui avait remporté les élections de 2007 avec son cartel Cd&V/N-VA sous le thème de la goed bestuur censée mettre fin à la gabegie des années Verhofstadt.

Les chiffres sont têtus

176.000 emplois créés cela constitue LE succès de la législature, sans que l’on sache la part des injonctions nouvelles ou de la conjoncture, mais peu importe. En politique, une seule règle : les bonnes nouvelles c’est moi, les mauvaises c’est les autres. Guy Verhofstadt ou Elio Di Rupo n’agissaient pas autrement.

Mais quand il s’agit des chiffres budgétaires l’actuelle majorité a le don de s’emberlificoter toute seule.

La faute à la N-VA bien plus qu’au MR (où en estimant en 2014 que le gouvernement Di Rupo avait une bonne politique de centre-droit). Les nationalistes entendent incarner la rupture avec les précédentes pratiques.

L’accord de majorité signé en 2014 prévoyait un retour à l’équilibre pour 2018… Il a depuis été reporté à 2020, au mieux au grand dam de Bart De Wever. La croissance belge reste une des plus molles en Europe : 1,7% cette année pour une moyenne de 2,1% dans l’Union Européenne.

Les indicateurs sont passés à l’orange : la croissance ralentit, le déficit budgétaire se creuse. Le budget 2019 sort des clous.

Tordre la réalité

L’actuel gouvernement fédéral a connu plusieurs erreurs de chiffrage ; on ne parlera plus de l’effort budgétaire de la SNCB vu et corrigé par Jacqueline Galant, mais pratiquement chaque année, recettes et dépenses escomptées ont souvent été sous/sur -évaluées quand ce n’est pas contreproductif comme la hausse des accises sur l’alcool. L’effet-retour se fait attendre.

Le budget est un art difficile et aléatoire, les autres gouvernements l’ont éprouvé. Jean-Luc Dehaene avait ainsi pris l’habitude de dénicher les derniers milliards sous une appellation générique  » lutte contre la fraude fiscale  » !

La N-VA (et ses alliés dans la foulée) a pris l’engagement de ramener l’équilibre budgétaire. Raté. La tentation est forte de contraindre alors les chiffres.

Le Bureau du Plan a fixé l’effort supplémentaire à 8,4 milliards d’ici 2020, dont 4,6 rien que pour 2019.

Le Comité de Monitoring (un cercle d’experts et hauts fonctionnaires) arrive lui à 2,66 milliards ! Mais ces fonctionnaires ont tenu à faire remarquer qu’ils avaient été contraints de travailler sur base des hypothèses du gouvernement et pas indépendamment comme prévu.

Cela a même choqué les députés de la majorité au point de convoquer le président du comité de monitoring à s’expliquer à la Chambre. Pas de quoi ébranler le gouvernement fédéral à quelques encablures de rendez-vous électoraux vitaux. Mais ce gouvernement ne passera pas à la postérité pour celui de la rigueur des chiffres, il aura des couacs budgétaires à répétition. Jusqu’au bout sa calculette aura connu de sérieux bugs.

Il reste à trouver comment boucher les derniers trous…

 

@PhWalkowiak