la Belgique

Michaël Gillon, de l’armée à la traque d’exoplanètes

Enfant, il était fasciné par E.T. l’extraterrestre. Après un passage dans l’armée, il est devenu chasseur d’exoplanètes, dans l’espoir de trouver de la vie ailleurs que sur Terre: l’astrophysicien belge Michaël Gillon recevra vendredi à Berne le prestigieux prix Balzan.

Entouré d’une équipe internationale d’astronomes, Michaël Gillon, chercheur à l’Université de Liège, a créé l’événement en février en annonçant la découverte d’un fascinant système de sept planètes de la taille de la Terre tournant autour d’une étoile naine TRAPPIST-1, située dans notre galaxie. Trois de ces planètes pourraient abriter de l’eau liquide à la surface, ce qui en fait des cibles idéales pour y rechercher de la vie.

Dans la foulée, le magazine américain Time a fait de Michaël Gillon, 43 ans, une des 100 personnes les plus influentes de l’année 2017.

A présent, il s’apprête à se rendre à Berne pour recevoir le prix Balzan « pour les planètes du système solaire et les exoplanètes », décerné par la fondation italo-suisse Balzan. Il y rejoindra cinq autres chercheurs d’autres disciplines également récompensés. Chaque lauréat recevra 750.000 francs suisses (environ 660.000 euros), la moitié devant être destinée à des projets de recherche.

« Depuis tout petit, je m’intéresse à la question de savoir s’il y a de la vie ailleurs que sur Terre », déclare à l’AFP Michaël Gillon, né à Liège en janvier 1974 d’un père ouvrier communal et d’une mère secrétaire.

« La première fois que je suis allé au cinéma, j’ai vu +E.T.+ et cela m’a marqué », ajoute ce fan de science fiction.

Pendant ses études secondaires, Michaël Gillon s’est « beaucoup cherché ». « J’étais plutôt paresseux », confie-t-il. « Je trouvais rébarbatifs les cours de physique et surtout de maths mais j’aimais bien le sport ».

Après ses études secondaires, à 17 ans, il s’engage dans l’armée et entre dans l’infanterie. « Cela m’a plu deux ou trois ans. Puis je suis tombé malade: je souffrais de fibromyalgie » (douleurs musculaires diffuses entraînant des troubles du sommeil, NDLR) . Fini le terrain.

Il décide alors, à 24 ans, de reprendre ses études et se lance dans la biologie à l’Université de Liège. Il obtient une licence de biochimie puis se tourne vers l’astrophysique.

Pendant son doctorat, il travaille sur la mission spatiale CoRoT, initiée par la France et dévolue à la recherche d’exoplanètes.

Après sa thèse en 2006, il rejoint l’observatoire de Genève et travaille dans l’équipe de Didier Queloz, co-découvreur en 1995 de la première exoplanète.

De retour à l’Université de Liège en 2009, Michaël Gillon initie le projet TRAPPIST, basé sur un télescope robotique installé à l’Observatoire européen austral de la Silla au Chili. Celui-ci débusque les exoplanètes grâce à la méthode des transits. Lorsqu’une planète passe devant son étoile, cela provoque une légère baisse de la luminosité de cette dernière, trahissant la présence de la planète.

Un soir de septembre 2015, le scientifique recueille le fruit de ses efforts. « J’étais assis sur mon canapé, avec mon ordinateur portable sur les genoux et je regardais les données du télescope comme tous les jours. J’ai vu un signal très clair » indiquant la présence d’une planète autour d’une étoile naine située à seulement 40 années-lumière de la Terre. « J’étais enthousiaste ».

Son équipe concentre ses efforts sur l’observation de cette étoile TRAPPIST-1 et découvre au final sept planètes. Les astronomes cherchent à présent à déterminer l’atmosphère de ces planètes pour voir si elles peuvent permettre la présence d’eau liquide à leur surface.

TRAPPIST est le « prototype » d’un projet beaucoup plus vaste, SPECULOOS, initié par le chercheur belge. Il est centré sur la recherche de mille exoplanètes potentiellement « habitables » (c’est-à-dire susceptibles de pouvoir avoir de l’eau liquide en surface) en transit autour d’étoiles naines ultrafroides proches. Ce prix Balzan va lui permettre de renforcer le financement de SPECULOOS.

Basée à Milan et à Zurich, la fondation Balzan porte le nom du journaliste et industriel antifasciste italien Eugenio Balzan (1874-1953) réfugié en Suisse pendant la Seconde guerre mondiale. Elle a été créée en 1956 par sa fille.