la Belgique

Stade national: « Affairisme », « échec annoncé »… « Ils se sont pris pour Messi et Ronaldo »

Les réactions ne sont pas tendres côté politique après l’annonce par l’UEFA que Bruxelles n’accueillera finalement aucun match de l’Euro 2020 de football. Il faut dire qu’à deux ans de l’événement le dossier de la construction du nouveau stade national était au point mort, coincé entre différents niveaux de pouvoirs inconciliables.

Critiquant sans retenue ce projet de stade sur le parking C du Heysel, la N-VA et Ecolo plaident pour revenir à une autre option, celle de la rénovation du stade Roi Baudouin.

« L’approche des partisans de l’Eurostadium, qui se sont pris pour Messi et Ronaldo, font payer le prix fort à notre pays et les Bruxellois. Il est désormais temps de repartir d’une page blanche et de mettre la rénovation du stade Roi Baudouin à l’agenda », a réagi le député bruxellois Johan Van den Driessche (N-VA).

Les promoteurs du projet auraient dû savoir depuis le début qu’un chemin vicinal et la compatibilité avec les règles flamandes d’aménagement du territoire constitueraient d’importantes pierres d’achoppement, mais les démarches adéquates n’ont pas été opérées, pour éviter de fournir des arguments supplémentaires aux opposants, analyse le nationaliste flamand qui dénonce par ailleurs des mensonges entretenus sur la capacité du stade et son coût pour la collectivité, et critique chaque étape du dossier.

« Notre pays paie ici le prix d’une politique d’antichambre, d’un manque de transparence et d’une approche hautaine au caractère mégalomane », a encore ajouté Johan Van den Driessche dans un communiqué.

« Bancal depuis le début »

« Le projet d’Eurostadium est bancal depuis le début et doit être abandonné, estime pour sa part Arnaud Pinxteren (Ecolo), député bruxellois. Il est temps de travailler à un projet sportif pour tous. Et ce, en toute transparence. L’affairisme a tué ce dossier. Les écologistes croient plus que jamais à un modèle alternatif et participatif qui donne une place au football et autres autres sports à partir du Stade Roi Baudouin. »

Plus que certainement avec une touche d’ironie, la co-présidente des Verts, Zakia Khattabi, a quant à elle dit sur Twitter avoir des « pensées émues pour Alain Courtois », l’échevin bruxellois des Sports, qui tentait tant bien que mal de porter ce projet depuis des années.

« Chronique d’un échec annoncé »

Quant au cdH, il estime que le dossier du stade national était « avant tout la ‘chronique d’un échec annoncé’. Un dossier vicié dès la première seconde où la décision fut prise par les autorités bruxelloises de faire construire le futur stade national là-même où ces autorités n’avaient plus aucune possibilité de réellement pouvoir agir sur le dossier… à savoir en dehors de la Région bruxelloise ».

Pour les humanistes bruxellois, la décision de l’UEFA, « aussi déplorables qu’en soient les raisons (…) peut malgré tout être une opportunité et doit être l’occasion pour toutes les autorités concernées de rebattre les cartes du dossier ‘Stade’ pour repartir sur des bases nouvelles qui s’appuieraient sur une relocalisation de la future enceinte en Région bruxelloise – les solutions de rechange sont multiples – et qui maintiendraient dans la capitale de l’Europe l’organisation du meilleur meeting d’athlétisme au monde, le Mémorial Van Damme ».

« Terrible désaveu »

Pour le député bruxellois Fabian Maingain (DéFI), l’annonce de l’UEFA est « un terrible désaveu pour la crédibilité internationale de la Belgique, résultat d’un mauvais choix stratégique dans l’emplacement du projet ».

« La stratégie d’Alain Courtois (MR) de piloter le dossier uniquement depuis la Ville de Bruxelles, l’aveuglement face à la succession d’avis négatifs émis dans le cadre de la procédure administrative, l’incapacité de monter un projet en adéquation avec les règles en vigueur et compatibles avec l’espace urbain dans lequel il s’insère et l’entêtement à refuser d’établir un plan B face à des délais aujourd’hui jugés comme intenables par l’UEFA sont les principales causes de cet échec », a indiqué l’élu amarante par voie de communiqué.

Pour DéFI, ce point final mis à l’aventure bruxelloise à l’Euro 2020 démontre « la nécessité de remettre à plat le dossier du stade », ajoute encore Fabian Maingain.

« Notre pays a offert un triste spectacle en montrant notre incapacité à unir nos forces autour d’un projet »

« Un tel projet ne peut clairement pas aboutir sans volonté politique de la part de l’ensemble des parties concernées », a regretté de son côté jeudi le ministre-président bruxellois Rudi Vervoort.

« Bruxelles doit prendre acte de cette décision et se demander s’il est encore nécessaire d’entreprendre des actions qui peuvent bénéficier à l’ensemble de la Belgique. Toutes les grandes capitales disposent d’un stade digne de ce nom. Notre pays a offert un triste spectacle en montrant notre incapacité à unir nos forces autour d’un projet, qui aurait pu générer de l’activité économique et contribuer à augmenter le rayonnement de Bruxelles et de la Belgique », a poursuivi le chef de l’exécutif régional.

Rudi Vervoort (PS) a par ailleurs rappelé que son gouvernement avait soutenu la construction d’un nouveau stade car le stade Roi Baudouin n’est plus conforme aux normes actuelles.

« Un tel dossier aurait dû être géré au niveau national »

Un dossier tel que celui du stade national doit être géré au niveau national, a affirmé jeudi le vice-Premier ministre Open Vld Alexander De Croo sur les ondes de Radio 1.

« Ceci n’est pas un dossier bruxellois ou flamand, mais au minimum d’ampleur nationale, voire même européenne. S’il apparaît que, dans des dossiers comme le stade national, les nuisances aériennes de l’aéroport de Bruxelles ou les normes d’émission GSM, on bascule d’un problème à un autre, alors il faut voir s’il ne vaudrait pas mieux gérer tout cela au niveau national », a souligné le libéral flamand.

L’Open Vld a pourtant, en la personne du ministre bruxellois du Budget Guy Vanhengel, l’un des plus ardents défenseurs du projet de stade national avorté jeudi. « J’ai parfois une opinion différente de Guy Vanhengel ; à un certain moment, il faut pouvoir trancher dans un dossier qui dépasse les intérêts d’une Région », ajoute M. De Croo, pour qui la capitale de l’Europe « a droit à une telle infrastructure ». « Sur le territoire de Bruxelles ou en dehors, nous devons dépasser cette question en tant que pays ».

 

Pensées émues pour Alain Courtois … #Euro2020

— Zakia Khattabi (@ZakiaKhattabi) 7 décembre 2017