Politique

Turquie: une journaliste allemande jugée pour « terrorisme » maintenue en détention

Un tribunal turc a ordonné mercredi le maintien en détention d’une journaliste et traductrice allemande accusée par la justice turque d’appartenir à une « organisation terroriste » et dont le procès vient de s’ouvrir près d’Istanbul, ont annoncé ses avocats.

Mesale Tolu, emprisonnée depuis fin avril en Turquie, est accusée d’appartenir au Parti communiste marxiste-léniniste (MLKP), une formation interdite en Turquie car considérée comme « terroriste ». Elle risque jusqu’à quinze ans de prison. Cette citoyenne allemande d’origine turque âgée de 33 ans, qui travaillait notamment comme journaliste et traductrice pour une petite agence de presse turque de gauche, Etkin Haber Ajansi (ETHA), est jugée à Silvri, près d’Istanbul, avec 17 autres personnes. Le tribunal a décidé que Mesale Tolu et cinq autres personnes poursuivies resteraient derrière les barreaux, tandis que huit autres seraient libérées en attendant d’être jugées, a annoncé le cabinet d’avocats Droit des opprimés qui la représente.

« Je rejette les accusations portées contre moi. J’ai été visée par la police à cause d’une traduction que j’ai faite pour ETHA », a déclaré devant le tribunal la journaliste dont les propos sont reproduits sur Twitter par Droit des opprimés. Elle est notamment accusée d’avoir assisté à des manifestations et des funérailles de militants du MLKP, mais ses soutiens estiment qu’il s’agit d’un procès politique.

Relations tendues entre l’Allemagne et la Turquie

Mesale Tolu, détenue avec son fils de trois ans, fait partie de la dizaine d’Allemands actuellement détenus en Turquie dans le cadre de l’état d’urgence imposé à la suite du putsch manqué du 15 juillet 2016, dont le journaliste germano-turc Deniz Yücel détenu depuis février. Depuis le coup de force, les relations entre l’Allemagne et la Turquie, deux partenaires au sein de l’Otan, se sont fortement tendues. Berlin condamne notamment l’ampleur des purges entreprises en Turquie après le putsch manqué, au cours desquelles plus de 50 000 personnes ont été arrêtées et plus de 140 000 limogées ou suspendues. Pour sa part, Ankara accuse l’Allemagne de faire preuve d’indulgence envers des « terroristes », en abritant des séparatistes kurdes et des putschistes présumés.