Economie

François Gobbe: « La question des paradis fiscaux n’est en fait qu’une partie de l’histoire »

L’Union européenne a publié mardi sa liste noire de 17 paradis fiscaux. On n’y retrouve pas réellement de grandes puissances économiques, à l’exception de la Corée du Sud. Pour le reste, pas mal de localisations exotiques: Panama, Barbade, Marshall, Trinidad et Tobago et Macao Mongolie. Mais pas de traces de la Suisse, des îles Caïman ou du Delaware aux États-Unis.

Les ministres des Finances ont établi cette liste  sur base de 3 critères: la transparence fiscale, l’équité fiscale et une question: est-ce que les pays mettent en œuvre ou pas les mesures de l’OCDE contre l’optimisation fiscale agressive ?

17 pays n’y satisfont pas, sachant qu’il y a aussi une liste grise de 47 pays, comme la Suisse par exemple. Il faudra vérifier que ces pays respectent ou non leurs engagements de bonne conduite fiscale.

Points faibles de l’accord

Les paradis fiscaux ne s’exposent pas à des sanctions très lourdes de la part de l’Union européenne s’ils ne font pas évoluer leurs pratiques fiscales. C’est un des points faibles de l’accord. Un autre point faible, c’est en tout cas le point de vue de François Gobbe, collaborateur de l’ONG Kairos, l’Union européenne ne prend absolument pas en compte les pratiques de certains de ses propres États membres, pratiques qui s’apparentent à des paradis fiscaux.

« Il y Malte, l’Estonie aussi dont on ne parle pas tellement, la Hollande parce qu’elle est un circuit de conduite pour les sociétés transnationales. Tous ces pays sont des pays pour lesquels il faut aller plus loin », explique François Gobbe.

Aller plus loin veut dire abolir les pratiques fiscales agressives au sein même de l’Union européenne, ce qui s’avère plus compliqué que pour certains petits pays de l’Union. Les largesses fiscales leur offrent en fait un véritable avantage compétitif par rapport aux grandes économies de la zone, comme la France ou l’Allemagne. François Gobbe ajoute qu’il ne faut pas oublier que la question des paradis fiscaux n’est en fait qu’une partie de l’histoire. « Tout ce tintamarre autour des listes de paradis fiscaux, je souhaiterais qu’on ait le même sur le renforcement des administrations fiscales. Il faut quand même savoir qu’en Belgique, en 10 ans, l’administration des finances a perdu un quart de ses effectifs. »

« Et ce n’est pas propre à la Belgique, dit-il encore, tous les pays de l’Union européenne sont frappés du même mal. »